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Machine adultère par Maxime Lièvequin

19/09/2011
"Machine(1)

L’homme du néant détale… par David Pujol

19/09/2011

………………
Yu X tan Ngebo? Présent
Amin Van kif Dupuis ? Présent
Et enfin Myriade Johnes 24? Présente
Bon, tout le monde est connecté, c’est bien.
Dimitri!, votre Trisat marche mal, votre hologramme est brouillé!!
Désolé, ici c’est l’époque des tornades, y’en a une dizaine par jour. Mais les
prévisions disent que celle ci sera passée dans 4 minutes.
Bon, bien! Alors, aujourd’hui, le cours portera sur l’histoire de l’ancêtre du
DHP8G1., ce que l’on a appelé le « Cinéma ».
Fonction cours activée.
Le Cinéma est né vers -1100 avant le REIDE2. Non Myriade, il n’y avait que
des humains à l’époque. Malgré le REIDE, certains anthropologues ont pu
retrouver des traces de ce fameux Cinéma.
Au début, les « films », tels qu’on les nommait, étaient en 2 dimensions, pro-
jetés sur des tissus blancs. Certains pouvaient durer plus de 2h…Non, nous
en savons rien. Sûrement qu’à cette époque, les Périodes d’Activités Utiles
à la Société étaient courtes, et les gens devaient palier leur ennui comme
ils le pouvaient. Ils se réunissaient par plusieurs dizaines pour se retrouver
dans de grands endroits sombres…
Et bien non, justement pas. Ils ne bougeaient pas et ne parlaient pas. Les
chercheurs qui se sont penchés sur ces rites pensent qu’il s’agissait sans
doute de grandes réunions psychiques, prémisse de la communication
télépathique où les images projetées transmettaient télépathiquement des
émotions aux gens, émotions qu’ils se transmettaient entre eux à la suite.
Vous en saurez plus lors du cours d’histoire de la Pschychotransmission.
Pardon? Oui, « l’émotion » était le résultat d’un comportement psychophy-
siologique incontrôlé à l’époque.
Comme cela demandait beaucoup d’énergie, les gens alimentaient leurs
cellules en grandes quantités de saccharose pendant les projections.

………………

Arrêt
Pause de 15 secondes d’Assimilation d’Achats Utiles.
Reprise
………………

Ceux qui faisaient les films étaient très riches car les images étaient
gravées sur des fines bandes composées de dérivés du pétrole, matière
très prisée mais très rare et très chère à l’époque.
En tabulant sur le lien qui apparaît, vous pourrez téléporter votre holo-
gramme à Dakar, au musée du Cinéma, où une « pellicule », c’était le
nom donné à ces bandes, a été retrouvée.
Les images proviennent du film « Bienvenue chez les Ch’tis » qui,
comme vous le savez, a servi de précepte pour le Ch’tinoïsme, ce
grand mouvement religieux appelé aussi « Boontoïsme ». Cette pelli-
cule a été retrouvée à plusieurs kilomètres sous l’eau dans un coffre à
l’endroit où se trouvait la cité merveilleuse de Lille.
Ceux qui regardaient les films étaient très riches aussi. Le prix pour
visionner un film pouvait être 10 fois supérieur à la ration de farine
par jour recommandée. On distinguait alors plusieurs clans avec
chacun des films et des rites différents. « Bienvenue chez les Ch’tis »
faisaient partie du clan dit du Cinéma de Détente Intellectuel, mou-
vement qui tentait d’harmoniser la société en présentant des oeuvres
aux contenus moraux exemplaires. On distinguent des sous groupes
tels, par exemple, que les Films à Vocation Réactionnelle Positive,
appelés  « Comédies à la française », montrant un ou plusieurs per-
sonnages en proie à des hystéries inexpliquées, et qui avaient pour
effet une stimulation énergique du spectateur, en proie à des sou-
bresauts incontrôlés et une disponibilité totale du cerveau. Un autre
exemple, le Néo-apocalyptique américain, traitant de la sociologie de
groupes d’individus dans des situations d’urgence face à  des catas-
trophes naturelles, dénotant d’ailleurs, pour l’époque, une juste vision
d’anticipation.
Malheureusement, dans les anciennes civilisations, l’indiscipline
régnait et certaines personnes croyaient utile de contester ces mou-
vements progressistes en créant des mouvements dits « Auteuristes ».
Par exemple, on a retrouvé les traces d’un clan appelé « Néo-
réalisme Italien », qui consistait à faire croire aux gens que la réalité
du monde était moins idyllique qu’il n’y paraissait.
Ceux qui faisaient ce genre de films utilisaient des codes subliminaux
qui entrainaient une obstruction complète du cerveau, entrainant
le spectateur dans de grandes déroutes intellectuelles, l’empêchant
alors, et tel était leur but, une mise à disposition entière des ses capa-
cités réflexives et donc, une moindre efficacité pour ses Périodes d’Ac-
tivités Utiles à la Société. Ils utilisaient aussi un langage en dehors du
LPCT3 pour transmettre leurs idées subversives.
Certains terroristes de l’image organisaient des réunions secrètes
dans des lieux de dépravations que l’on appelait « Bars » pour diffuser
des mini-films à caractère pornographique intellectuelle.
Les films de Cinéma de Détente Intellectuel furent heureusement plus
diffusés et les autres mouvements disparurent au fil du temps.
Non, effectivement, maintenant ce n’est plus possible car avec l’évo-
lution de l’espèce humaine, la zone du cerveau appelée « Zone de
Rébellion Pensive » a disparu avec le temps.
………………

Arrêt
Pause de 15 secondes d’Assimilation de Conduite Morale
Reprise
………………

Au niveau technologique, du 2D sur bandes, on est passé assez vite au
« Numérique », en partie à cause de la disparition du pétrole et donc
des bandes et le début de l’utilisation des « Ordinateurs », ancêtres
des EISFBH4, les « Supérieurs ». Vous verrez cela en cours d’Histoire
Androïde. Ensuite, vint la 3D, la 3D HT, la 4D, la 5D, la 5D T et, bien
sûr, l’Hologramme.
L’évolution technologique avait un coût. Heureusement, les indus-
tries les plus riches, qu’étaient celles de la pharmaceutique et de
l’armement, étaient dirigées par des personnes philanthropiques qui
aimaient le cinéma. Ils donnaient beaucoup d’argent dans le seul but
de faire perdurer cet art. Beaucoup d’entre eux étaient américains.
Mais les années -5005 sont passées par là. En -498, fut signé l’accord
de paix perpétuel international6. De plus, ce furent dans ces années-là
que fut éradiquée la dernière grande épidémie, la Détèriose. Ainsi, les
2 grandes industries les plus riches s’effondrèrent.
Le traité de Paix étant signé, la résolution 123 stipulant qu’il fallait ban-
nir toutes images à caractère violent tant physiquement qu’intellec-
tuellement, entra en vigueur.
Ceci augura le mouvement que l’on appela « Le Cinéma du Bien-Être
Contemplatif », cinéma à vocation romantico-musicallo-assimilable
basé sur les 3 scénarios piliers.
L’hégémonie du cinéma américain changea de continent et ce fut
l’Empire Indo-Chinois qui se mit à produire ces films de qualité. C’est
à partir de là, que l’Afrique, désertée depuis longtemps car inexploi-
table du fait des multiples sécheresses, fut choisie pour être le lieu de
tournage unique, les autres continents n’ayant plus de place pour
accueillir des sites de tournage. Des milliers de studios climatisés
s’installèrent et, en l’espace d’à peine 60 ans, ce continent devint le
plus prospère au monde.
Pour ce qui est de la diffusion, bien avant les réseaux de transmission
extra dimensionnels et les boîtiers individuels de visionnement péri-
phérique que tout le monde a, il existait 2 sortes de médias person-
nalisés : La Télé-Vsion, Télé pouvant peut être être en relation avec
Télépathie et 1ternet, réseau de transmissions via des engins spatiaux
rudimentaires. Grâce à ses médias, les gens un peu moins riches com-
mencèrent à regarder les films chez eux et les plus riches n’étaient plus
obligés de se forcer à aller voir les films en groupe. Du coup, les salles
se vidèrent. Avec l’apparition de la 4D où le spectateur était au coeur
de l’image, arriva la création des capsules de visionnement que l’on
pouvait installer chez soi rendant les salles définitivement obsolètes.
Bon, je passe sur la 5D qui fut plutôt un échec. Enfin, arriva l’Holo-
gramme, vers -220 et son fameux boîtier.
………………

Arrêt
Pause de 15 secondes d’Assimilation de Connaissance Technologique
Reprise
………………

Dans le Cinéma, les personnages étaient joués par des vrais acteurs.
Mais ceux ci étaient principalement des personnes sous l’emprise
de drogues pour compenser le fait qu’ils ne travaillaient pas assez et
ne gagnaient pas assez d’argent. Pourtant, nous savons que, un des
anciens président de la période des « 8 Adorés »7, marié à une artiste,
dont la bonté était sans pareil, donnait gracieusement et grasse-
ment de l’argent aux acteurs et même aux techniciens pendant leurs
périodes de repos volontaire. Ils étaient donc suffisamment riche.
Mais rien n’y fit. Ils continuaient de se plaindre.
Alors, devant les difficultés à gérer ces gens, les studios commencèrent
à utiliser des personnages fictifs que l’on appelaient « Avatars » et qui
s’avéraient beaucoup plus sains, maniables à volonté et économiques.
Petit à petit, les vrais acteurs disparurent des films et finirent par faire
des exhibitions ridicules dans la rue ou dans des salles où les nostal-
giques des rites en groupe venaient les voir.
Concernant les histoires, chaque film était basé sur 1 scénario, réalisé
par 1 personne et 1 autre personne montait les images pour que le film
suive l’histoire voulu par le réalisateur.
Tout cela découlait évidemment d’une démarche complètement per-
sonnel et égocentrique et aléatoire quand à l’intérêt du résultat sur les
gens.
Les ordinateurs  furent utilisés pour établir le MSE8. Ainsi, le « créa-
teur » du film, appelé « Producteur », envisageait une histoire de base.
Puis les ordinateurs se chargeaient d’établir tout les scenarii possibles,
en accord avec les Critères de Pensée Adaptées et de commander les
plans du tournage. Au final, le spectateur pu choisir lui même l’his-
toire de son film en tant réel.

………………
Arrêt
Protocole de fin dans 15 secondes
Reprise
………………

Voilà, vous savez tout sur le Cinéma.
Bien, il est temps de nous quitter. Je me rematérialise avec la classe
de 11ème section pour un cours de Langue Télépathique Ancienne.
Demain, on se téléporte en Russie pour découvrir ce qu’étaient les
arbres. Au revoir
Fin transmission
………………

T’as aimé toi?
Ouais. J’aurai bien aimé vivre à cette époque. Les gens avaient l’air
heureux, riches et tout. Pis ce truc de groupe, le cimé… je sais plus
quoi, ça devait être marrant non?
Par contre, je sais pas comment y faisaient pour communiquer sans les
téléportations holographiques.
Tu m’étonnes, ça devait être trop chiant. Moi je me vois pas sans…
Allez, on retourne sur Entopia. Jt’e retrouve au cratère bleu avec les
autres. A de suite! Paix et Prospérité à toi!

1. Diffusion Holographique Personnalisée, 8ème Génération
2.Remise à l’Etat Initial des Données Existantes. Bug informatique qui a eut lieu en
l’an 3000 et a entrainé l’effacement de toute donnée informatique. Ainsi -1100 avant le
REIDE, correspondrait à 1900 de l’ancien calendrier.
3. Langage Potentiellement Compréhensible par Tous
4Ȇ.être Intelligent Sans Fonctions Biologiques Humaines
5. 2500 de l’ancien calendrier
6. Le dernier conflit existant fut, comme chacun le sait, entre la Démocratie Autonome
de l’Île de Ré et le Panama pour le contrôle du monopole de la vente des Huîtres.
7. 8 présidents successifs des années -1000 , qui gouvernèrent pendant une période de
prospérité et de bonheur.
8. Maximum de Scenarii Envisageables par film

Non casting faucheur, ambiance Al Cool par Laurent Jarrige

19/09/2011

Au nom de l’intérêt de l’humanité, j’invoque la désobéissance civile
pour détruire les champs de raisin des propriétaires malsains. Il me
semble intolérable de les laisser cultiver le fruit du sel de notre dérai-
son. Depuis si longtemps des fortunes fondent des familles sur les ter-
rains d’agriculture unique d’un fruit à transformer en alcool pour une
minorité précieuse, vendu à fort cout à une élite possédante, mais pour
la majorité restante, coupé aux sulfates, et exporté au delà des nations,
surexploité, prêt à saouler la planète si cela se pouvait*, en dépit et
préméditation de ce que produirait la raison d’un peuple et/ou d’une
humanité nombreuse si elle n’avait mal à l’estomac, ne souffrait de
maux de tête, si elle n’était gravement soignée de ses dépressions.
Ne sachant contenir la quantité massive de ses ressortissants, la tradi-
tion trouve dans l’alcool un lénifiant parfois agressif, mais que toute
personne physique sobre sait maitriser, et que toute personne morale
peut attaquer en justice, surtout si l’esprit divague vers des solutions
et des velléités de révolutions ou libérations.
La mémoire est d’abord affectée qui nécessite une nouvelle réflexion
et des discussions à répétition, qui tournent en rond, soulagées par
endroit de blagues de comptoir. Et le physique ensuite, tellement
affaiblit qu’il ligature les passages à l’acte. Alors au nom de quelle rai-
son justifie-t-on la production sans limites, puis la commercialisation
sans limites et pour finir la consommation avec modération, alors que
l’on interdit l’exploitation des semences de blé noir, d’épeautre fileté
ou de tomates citronnées ?
Il n’est pas besoin de réfléchir très longtemps ensuite, pour élucider
la question de la pénalisation des drogues douces ou des cultures
de coca dans les pays émergents. Il est même aisé de conclure que
lorsque la culture musulmane sera reine comme l’est la catholique,
nous jouirons d’autres substances et serons privés du commerce des
alcools aussi prestigieux que les champagnes ou whiskies, et ainsi de
leur consommation originellement libérée par la pègre, les voyous, ou
ce qu’il y a de plus éloigné de la justice, et qui désormais fait loi n’est-
ce pas ?
Bien entendu les catholiques gouvernent depuis l’aube de la civilisa-
tion, et les injustices populaires, les outrances notoires, les dénoncia-
tions facilitées par la communication dématérialisée, ne suffiront pas
à lever les humanités tant qu’elles auront l’autre choix de se saouler;
mais les dérèglements géographiques et la prohibition chez les musul-
mans les rendent de plus en plus puissants, et c’est vers eux qu’il faut
se tourner si l’on est trop longtemps tenté par le décasting, et un peu
porté sur la dieusphère.
Même en Inde l’alcool est désinhibé pour les hommes, et il ne s’agit
pas seulement de dulcifier la courbe des naissances comme ils essaient
de se le faire croire, mais bien de retenir les ardeurs latentes. Dans
le pays le plus travailleur au monde, le Japon, pas une soirée n’est
interdite à la beuverie, et somme de traitements sont développés pour
remettre d’aplomb les salariés.
Mais un accident est si vite arrivé.
Pour les peuples qui y ont gouté, la dépendance persistera et il fau-
dra compter avec une génération de sacrifiés ; c’est le temps qu’il faut
pour retourner la crêpe bipolaire de l’économie mondiale. Et avant
que de nous voir réduits à l’état d’esclaves, dépossédés de nos terres
ancestrales, de nos départements transatlantiques, achevons, pour
le bien public de la nation, les cultures d’alcool : fauchons les vignes
du bordelais, du bourgogne, des côtes du Rhône, du madiran, du
chardonnais, des côtes de provence, des sauvignons, des merlots des
champagnes des jurançons des coteaux du languedoc, fauchons la
France !
Fauchons la France avant d’être tenus pour responsables de la pro-
pagation de l’alcoolisme comme les colombiens du cocaïsme ou les
afghans de l’héroïsme.
On paiera cher d’être sauvés par les musulmans, surtout si, refu-
sant leur aide, on continue nos conneries extrêmes des ivrognes du
nucléaire. Parce qu’il faut être sacrément alcoolique pour défendre
le nucléaire en 2011 ; c’est pas pour rien si ce sont les français qui le
défendent le mieux.
A l’énergie triste l’alcool mène au nucléaire ; les poètes français mon-
trent l’exemple d’une culture malade, abîmée, plaintive, sombre, tout
comme celle des nations alcooliques slave, nord méditerranéenne
ou germano-saxonne qui s’auto-congratulent dans les universités de
lettres plutôt que de s’oublier et d’agir. Elles chantent le courage et
l’audace de parler quand elles sont trop flasques et abouliques pour
prendre les cisailles, trop alcoolisées.
Si l’on se penche vers les états sobres, indiens, sahariens, saoudiens,
les poètes sont contemplatifs, reconnaissants, souriants, bienheureux,
et ce sont les Hommes d’état qui écrivent des poèmes.

Le Festival de Bayonne Arrive à Paris, printemps 2012 par Mathilde Nègre

19/09/2011

Nous sommes heureux d’annoncer la première édition du Festival de ciné-
ma de l’association Bayonne Arrive, qui aura lieu au printemps 2012.

Si nous créons ce festival, c’est pour sélectionner nos films et ceux de nos
copains, et se concéder des prix après faible débat, condescendance,
petits sourires, ainsi enfin nourrir nos CV d’une ligne auto-suceuse, à
petites étoiles. Oui, nous avons des faiblesses égotiques cachées dans nos
caleçons et strings panthère, ce qui nous vaut des montées alcooliques,
des tentatives de travail en intérim, des écoutes suicidaires de petits cons
à carte de producteur. Nous avons déjà beaucoup souffert quand nous ne
sommes pas si vieux, ce qui laisse présager.
Il est temps de s’offrir des massages et de taper sur les jeunes.

Si nous créons ce festival, c’est par esprit prévoyant et sage, par souci
d’investissement sur l’avenir, lançant telle une poudre traînée un appel
à films. Les pétards du 14 juillet sont terrifiants jusqu’au jour où on les
jette soi-même, soudain la sensation opère un revirement, mieux qu’une
cocaïne triple, l’adrénaline de guerre avec réminiscences. Aahahahah ! Ca
c’est de l’événement, ça donne envie de baiser !

Or un festival est d’abord un cocktail de clôture,
mis en place par ce qui lui précède.

Je vous parlerai donc de cette soirée dernière du festival, qui justifie tous
les efforts, tournages compris, et cela afin d’éveiller les désirs participatifs
du lecteur cinéaste.
5 jurys consultatifs seront constitués :
1 / Des assassins de prison, 2 / des enfants d’école, 3 / des retraités de
maison, 4 / des salariés d’entreprise, 5 / des basques de France (le jury
suprême)
Les prix seront remis par des personnalités du monde politique qui béné-
ficieront, dans ce laps d’oreilles tendues, de cœurs battants, de vessies
tractées, d’un espace de propagande merveilleux.
Bien sûr, les membres de Bayonne Arrive auront tout loisir de monter sur
scène pour parler de leurs opinions morales, religieuses, de leur goût
culinaire, etc.

Lorsqu’avant le sommeil nous sommes là, étendus sur nos moiteurs esti-
vales, nous imaginons ces regards convergents, posés sur notre bouche
physique, quelle jouissure, ce public étalé avec ses yeux ses visages
gênés ses pelotes au ventre. Ca pique le corps entier.

A l’ouverture des petites enveloppes on rigolera franchement, on fera
durer le temps, on invitera un syndicaliste à prendre la parole sur une
grève dans une entreprise toulousaine, on organisera un débat sur la
politique du maquillage dans le cinéma français contemporain, Thomas
Lasbleiz racontera des blagues, enfin on donnera un concert d’électro
minimaliste expérimentale improvisée militante.

Pendant toute la cérémonie qui sera excessivement longue (17h00 à
21h00), des serveurs traverseront sans s’arrêter la salle avec des plats
de saucisson et de fromage, on se dit au début pas terrible le buffet,
et puis leur vision distille dans l’ennui de la cérémonie des sensations
torturantes.
C’est le moment pour aller aux toilettes, mais on reste là parce que
personne ne nous dit où sont les toilettes et il faudrait pas manquer la
remise de prix, c’est comme ça, plus on attend plus on se trouve obli-
gé d’attendre, dans l’espoir que l’attente prenne un sens rétrospectif,
pourtant l’ennui comme chaque sentiment véritable occupe lorsqu’il se
manifeste le temps entier, l’infini.

A  ce moment précis le silence se fait, et dans le noir comme on mitraille-
rait sont projetées des images subliminales de saucisson et ce texte :
« Donnez nous de l’argent, financez nos films, taisez vous ». C’est un
véritable attentat des esprits manipulés.

Puis « Bayonne Arrive » apparaît en rouge sur noir ce qui fait intimidant,
avec des bruits de truies agressives qui ont faim et qui ont des petits.

Ceci étant projeté, tout le monde se tient bien.
Laurent Jarrige monte sur scène et regarde le public, il dit :
« Moi je suis basque ».

On se souvient des vacances à Dax sans foulard rouge, des hordes de
jeunes agressifs avec leurs gros visages et leurs gadgets pour distribuer
l’alcool de force dans les rues pleines de pisse de vomi et de caca à la
charcuterie de porc.
C’est un cauchemar terrible surtout pour les musulmans, les juifs, les
végétariens, les sans alcools qui sont immédiatement repérés, harcelés,
on insère des tuyaux de casquette à alcool dans leur bouche, des gros
garçons les serrent dans leurs bras de faux frère, une main au cul et des
propositions de saucisse, pendant que le rhum atroce s’insinue dans la
gorge, les basques crient ouaih !!!! une horde vomissante disparaît qui
rencontre une autre horde, qui crie OUAIH !!! en vomissant, en brandis-
sant des casquettes à whisky coca.

Le public a oublié la torture de son estomac affamé.

Laurent Jarrige répète :
« Moi je suis basque, je viens de Bayonne, je suis arrivé ici. »

La salle est silencieuse, les gens ont peur.

Laurent Jarrige brandit l’enveloppe rouge contenant le nom du premier
prix, élu par le jury constitué de Basques arrivés à Paris, c’est un jury régio-
naliste, ils font un discours en basque, Laurent Jarrige le traduit en langage
des signes, tout le monde comprend, à cause du cinéma, qui est un art
visuel.
Le jury explique qu’il a vraiment été touché par le documentaire de David
Pujol sur la saucisse de porc au foie gras d’Angoulême – SOUDAIN LE
PUBLIC SE SOUVIENT QU’IL A FAIM – mais qu’il a préféré distinguer un
film moins séduisant de prime abord mais extrêmement sensible, ouvert
sur l’international, avec un intérêt pédagogique pour nos écoles, on peut
tout à fait imaginer le projeter aux enfants, c’est vraiment intéressant ça
ah oui, ça concerne tout le monde hein, et puis cette qualité de l’image,
c’est vraiment bien filmé, hein, un film sur le micro-crédit des banques
au Bangladesh, comme quoi on peut être chef d’entreprise et être un vrai
humain quoi, ça donne de l’espoir pour la terre.

Le directeur de la communication de l’agence Paris 20ème de la BNP
Paribas monte sur scène pour recevoir le prix, Laurent Jarrige lui tend
un trophée en forme de jambon, le dir de com de la BNP est tout lui-
sant s’avançant, au dernier moment Laurent Jarrige retire le jambon
des mains du dir de com et le jette à la salle affamée.

Pendant ce temps David Pujol, qui a fait venir d’Angoulême toute sa
famille pour faire la promotion de son film distribue des rondelles de
saucisse de porc au foie gras.
Le jury des basques, aligné sur scène avec le dir de com de la BNP qui
ne sait pas comment sourire mais qui reste sur l’estrade à cause des
photographes qui mitraillent, regarde le public faire mouvement vers
la distribution de saucisse. De la salle monte une rumeur de grogne-
ments, de trépignements, de sucions, d’écrasements, d’essuyages de
doigts sur les sièges, de coups de coudes, de crachages des petits mor-
ceaux de tendons qu’il y a dans les saucisses et qu’on n’a pas envie
d’avaler.

S’inspirant pour le magnifier du bruit d’ambiance, Laurent Jarrige
commence une improvisation vocale, pendant qu’est diffusée sur
l’écran une image de sandwich kebab sauce samouraï.
Devant l’image géante et tapageuse du kebab, le jury des basques
panique, le plus vieux sort de sa poche un morceau de chorizo leader
price. Le public aboie.

Pendant que les Pujols prennent l’estrade d’assaut, le dir de com de la
BNP tente une éclipse discrète, se demandant comment il doit sourire,
et tombe sur un étudiant en commerce de la Fémis qui lui propose

de financer un film engagé sur un rocker bisexuel dans les quartiers
chauds de Montmartre, le dir de com de la BNP se demande comment
sourire, trop tard l’étudiant lui présente l’actrice qu’il baise parce
qu’elle ressemble à Amélie Poulain en plus chaudasse, elle lui met
la main dans le slip en susurrant des marques de pâté de foie, le dir
de com oublie tout à coup qu’il doit sourire, clac, l’étudiant prend
la photo, ricane et disparaît dans la foule en espérant récupérer une
rondelle de saucisse de porc.

Les Pujols sur la scène font la nique aux vieux basques avec de grands
couteaux, tout ce rouge rappelle la feria, les taureaux, Picasso, la guerre
d’Espagne, la lâcheté, on n’a plus trop envie d’en parler on aimerait le
buffet qui s’ouvre sur des empilades de pots de rillettes, de knackis
chaudes, de tranches de poulet reconstitué halal, de chips parfum
bolognaise, sur des montagnes de cubis de rosé, de mousseux alle-
mand et de chocolat aux corn flakes.

Alors, dans un grand moment de cinéma, dominant l’orgie générale
des charcuteries, on prononce le discours de réconciliation,
« Tout était faux, ces basques n’étaient pas basques. »
Lorsque, soulagé d’une culpabilité de lendemain, le public s’entre-
baise, vautré dans les mayonnaises intestines, nous nous regardons
avec cette certitude, que tout est bien.

Dilapider Sans Doute / Revue n°2

19/09/2011

1• EDITO
Immission
Laurent Jarrige
3• MAGNIFICAT
Le trou érectile
Mathilde Nègre
4• CRITIQUE
Limite schyzo
Laura Zornitta
8• ANIMATION
“C’est pas pour rien que j’ai appelé mon chien Basquiat”
Valérie & Ariane Ferreira
14• AUTO-ANALYSE
Les vivants et les morts
Natacha Bitton
16• CHRONIQUE
Néant merci, j’ai plus faim 2, le retour,
David Pujol
22• HEROÏSME
True grit ou le courage des oiseaux
Lullaby Coy
23•LYRICS
On est des merdes toutes pourries
Karima Baraq
27• DEMONSTRATION
Musée et cinéma
Thomas Lasbleiz
28• SCENARIO
Vissi d’arte
Paco Leonarte

Immission par Laurent Jarrige

15/06/2011

De ne plus recevoir trouve ses raisons dans différentes formes d’espoir, de révélations, d’état des lieux. Un endroit peu propice, qui ne met pas en valeur systématiquement les films qu’on a pu présenter.
Trop de monde, du bruit – on sait bien que les français ne supportent pas les voisins qui s’expriment au spectacle -, une équipe qui donne l’impres- sion de ne faire la part belle qu’à ses propres productions, en poussant le public à applaudir plus fort à l’endroit de ses films qu’il a sélectionné aveuglément; qui refuse de diffuser les documentaires et leur préfère le cinéma expérimental que l’association a toujours défendu en se passant de l’aide que les lightconnes scratch ou autres agences des courts lui ont toujours refusé – merci au passage à la maison du film court d’Anthony Cajan -.
Ne recevant presque plus aucun film nous cessons la diffusion mensuelle au Vieux Léon les premiers lundi du mois, et vous laissons vaquer à autre chose, en attendant de présenter nos prochaines productions qui restent, dans le champs de celles auxquelles nous avons accès, ce que nous préfé- rons. Non polluées par les exigences pécuniaires des ambitions corrom- pues des réalisateurs et acteurs prédateurs. Nous ne nous consacrons plus qu’à elles, avec rage contre ces, rage contre ces cendres naissantes de feu inoffensif du bien être, des équilibres confortables dans lesquels se sont installés les cinééliques sans jamais se demander pourquoi un tel divertissement pouvait exister. Car ce n’est pas parce que la fume est pro- hibée, et l’alcool réprimé, que se développent des projections dans ces lieux publics si impropres à l’appréciation d’un son travaillé à un défilé d’images.
À moins que la qualité des films concerne autre chose que ces éléments essentiels, autre chose qui aurait à voir avec le type de lieu qui les accueille, les réunit, les associe au centre d’un public, d’autre chose, et pourtant cinéphile et désireuse de s’engager. Dans quoi ?…Mais dans ce cas et cette autre, nous pourrions aussi bien animer les soi- rées avec de la musique, des quizz, de quoi s’éclater plus fort. Mais nous ne sommes pas des animateurs. Pour nous amuser, nous pré- férons faire des films et nous engager. Dans quoi ? Je vais vous le dire ici: dans la visite des bars pour boire, faire la révolution et baiser. Et ce ne sont pas propos de provocation, mais de violence certaine qui guette.
Si la télévision n’a jamais été la niche d’un quelconque autre art que celui dont la publicité se prévaut, le cinéma l’a été en son sein, et les politiques de grandes villes au moins, dont Paris en lieu d’exemple, se devraient de livrer un tel espace esthétique à la hauteur, pour que les réalisateurs, premiers responsables de ces enterrements sans funérailles, retrouvent le désir de faire un film à oser montrer là, à la Scala de Paris !
Laissée exclusivement à la sphère privée, regrettons que le forum des images ne missionne pas cette fonction, ainsi que celle dont je vous par- lerai la prochaine fois.

Le trou érectile par Mathilde Nègre

15/06/2011

La sensation de te pénétrer, je la connaissais d’avant.
Ce que jamais encore je n’avais senti, la jointure courbe du sexe au bas-ventre ; cela qui nous séparait, je le porte aujourd’hui au poignet, renversé et définitif.
La caméra s’est levée. Entre toutes les choses du monde, on a zoomé dans un trou, et c’était bien.
Nous nous sommes élancées, augmentées l’une par l’autre, Hermaphrodites enfin, Portant tuyau.
Ceux qui ont dessiné un œil à l’objectif avaient de sales fantasmes.
Si j’ai vu les jeunes filles dans les transports publics, La caméra DV brandie à l’air, Riantes, indolentes et cambrées,
Si j’ai vu les pigistes quadragénaires cuir, Courbés, concentrés, le visage disparu, Tout muscle focalisé dans le petit trou,
C’est que la caméra est un sexe double.
Comme je suis heureuse d’être née quand je suis née ! Comme ma main se plaît à toucher l’outil ! Je veux vivre l’invite perforante, le creuset pointu, Et englober le monde de ce jaillissement !
Arbres, visages, grues, tronçonneuses et poneys, Le tunnel par qui tout passe centrifuge recompose et compresse. Un film est d’abord une saucisse de réel, à moins d’en être l’étron.
Enfin récréées, nous nous enfonçons, approfondies l’une par l’autre, Les sexes annulés, Immobiles.
Machines, constructions des esprits et des corps ! Vous me découvrez !

Limite schyzo par Laura Zornitta

15/06/2011

Dès notre plus jeune âge, on nous raconte des histoires : des contes peuplés de sorcières, de fées, de magie et d’horreurs, au Père Noël qui terrorise la plupart des enfants en passant par la petite souris censée venir se glisser dans notre lit pendant la nuit.
Plus tard, on lit des livres, on voit des pièces de théâtre et des films. Et parfois même, on en raffole.
Besoin d’évasion ? La perte de contact avec la réalité s’appelle … la schi- zophrénie !
Et certains poussent le bouchon jusqu’à vouloir faire des films ! Mon dieu, les créateurs ! Ils bravent les lois du réel pour inventer un monde nouveau. Oui, car toute fiction, comprend des événements imaginaires ou recrées et des personnages jouant des rôles inventés ou ayant existé mais quoi qu’il en soit factices. Et afin que le public adhère au film, ces événements et personnages doivent être crédibles. Donc, bien que non réels, il ne doivent pas paraître irréels. Même un personnage absurde doit être cohé- rent dans son absurdité. Tout phénomène non réel doit répondre à une certaine logique (elle même réelle ou inventée). Ainsi, si les hypothèses de départ ne correspondent pas à la réalité, elles doivent cependant être respectées tout au long du scénario afin que l’histoire tienne la route. Un univers aux règles différentes soit, mais structuré et toujours crédible. Un univers provenant d’une imagination à la fois fantaisiste et cartésienne, originale et rigoureuse. Et le scénariste n’est pas le seul fou de l’histoire de l’histoire… car même si le spectateur sait ce phénomène non réel, le temps du film, il y croit !
Alors, une foule de questions me viennent à l’esprit : Quel impact a le personnage sur l’acteur ? Le scénario sur son auteur ? Le film sur son public ? La fiction sur la réalité ? Bref, faut-il être complète- ment schizophrène pour créer, participer ou voir un bon film ? Et bien, je ne répondrai pas à toutes ces questions passionnantes ! Je me contenterai de donner mon point de vue sur ce que m’a inspiré le dernier film que j’ai eu l’occasion de voir au cinéma, puisque c’est le but de ce blog.
N’en déplaise à certains : Black Swan de Darren Aronofsky…
Où les secrets du beau, de la grâce et du raffinement sont contraintes, dou- leurs et acharnement ; et les coulisses de la perfection, de sombres tunnels qui ravivent en nous d’horribles démons. Car pour être le meilleur, il faut masquer ses faiblesses et écraser les autres.
Pour moi, Black Swan est une métaphore de notre société. Un monde qui s’acharne à s’inscrire dans une voie, celle du toujours plus, du toujours mieux. Ce monde où il faut dès le plus jeune âge être le meilleur. Ce monde où réussite rime avec gloire, richesse, pouvoir. Ce monde où la femme doit toujours paraître belle et jeune. Et où, quoi qu’il arrive, l’important est de sauver les apparences ! Bref, un monde artificiel qui rend con ! Un monde pire qu’une fiction : un mauvais téléfilm. Un monde non crédible et donc qui ne devrait recevoir l’adhésion du peuple puisque les hypothèses de départ ne sont pas respectées : comment faire, avoir et être toujours plus dans un monde dont le périmètre et les ressources sont limitées.
Après un sursaut de conscience humaniste et écologiste qui a eu lieu en 2007,onassisteaujourd’huiàunrevirementdesituation.Lesconséquences actuelles de notre mode de vie sont : perte de la biodiversité, pollution de l’air, des mers, des sols, augmentation du nombre de cancers, appauvrisse- ment des ressources naturelles, amplification des catastrophes naturelles, migration des réfugiés climatiques, abandon de cultures vivrières et d’un mode de vie autonome, au profit d’une spécialisation et donc d’une grande dépendance, etc. D’autre part, alors que toutes les études scientifiques le prouvent, les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines contribuent au dérèglement climatique et aggravent nos futures conditions de vie. Oui, je sais, je suis rabat-joie. C’est tellement plus facile de ne pas vouloir prendre conscience des conséquences de ses actes. Claude Allègre fait des émules. Les climatosceptiques reviennent sur le devant de la scène. Les publicitaires et industriels ironisent et méprisent les écologistes. Tous les efforts entrepris sont bafoués. Retour à la case départ. Qui nous gouverne ? Dans quel intérêt ? Quelle est la place de l’homme, du peuple et de la terre dans le libéra- lisme économique ? Pourquoi revenir sur le premier scénario, comme si c’était le seul, alors qu’il n’est ni crédible ni durable ?
J’ai beau être plutôt bon public, personnellement, je n’approuve pas. Cette vision du monde est tellement réductrice. On pourrait faire telle- ment mieux, on a tout sous la main pour écrire notre belle histoire : les hommes, les talents, les outils, les décors, … et non ! Et puis, je n’arrive pas à m’attacher aux personnages. Ils n’ont aucune sensibilité. Leur soif de pouvoir et de fric les rend inhumains. Ils sont complètement coincés dans des rôles qu’ils jouent mal. Acteurs d’un vrai navet produit par des industriels et financiers, tous déconnectés de la réalité.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Et si on zappait, tout simplement ! « Tu es ton pire ennemi » dit Thomas (Vincent Cassel) à Nina (Natalie Portman). La quête de la réussite à tout prix est dévastatrice. Travail quotidien, dis- cipline et sacrifices ne laissent place ni au plaisir, ni à la tolérance, ni à l’amour et aboutissent à un corps et un esprit meurtris. Alors, finalement, qu’est ce qui est important ? Que veut dire réussir sa vie ? Après quoi courrons nous tous, dès le matin dans nos costumes ringards brushing-maquillage ou rasage-cravate en route seul(e) dans les embouteillages ou entassés dans le train, au travail où on est censé gagner plus, en faisant autant, en effectif réduit, et en moins de temps, ce qui créé une super ambiance (!), le soir, vite, vite, les devoirs de l’aîné, l’activité du petit et la préparation du repas, merci aujourd’hui les plats préparés qui préparent mon cancer de demain, je reprendrai bien un peu d’anti-dépresseur ou de chocolat, je ne sais plus, une lessive et ah, repos des guerriers, affalés devant les publicités télévisées… Oups, j’ai oublié d’acheter du dentifrice, pourtant je suis allée exprès au magasin et en suis ressortie le caddie rempli de promos dont je n’avais pas besoin…
Nina, sous pression, s’emballe dans sa course effrénée, en y laissant des plumes… Elle qui veut tout maitriser est pourtant une victime dirigée par les pres- sions extérieures. Pressions parentales, institutionnelles, médiatiques. Le vrai maître du jeu sait dominer ces pressions, souvent en ne leur accor- dant aucun intérêt. Lâcher prise, le nouveau mot à la mode, n’est pas aussi évident à adopter vraiment. Parce que finalement, pourquoi cette obsession dévastatrice ? Qu’est ce qui est important dans la vie ? « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » a dit Gandhi.
Et retour à la question : pourquoi suivre un chemin non crédible ? Est ce l’unique chemin ? Oui ?! Ah, tiens, nos politiques manqueraient-ils d’imagination ? Mais alors, donnons le pouvoir aux scénaristes, afin qu’ils nous construisent un monde plus équitable et plus respectueux ! Et puis, on pourrait aussi faire un genre par continent, pour ne pas imposer une seule vision au monde. Et si on rêvait encore un peu, ceux qui le veulent pourraient contribuer à l’écriture du scénario, une sorte d’écriture parti- cipative. En tout cas, chacun aurait un rôle dans l’histoire de l’histoire.
Quel rapport avec Black Swan ? Aucun. C’est aussi ça la magie du cinéma !

C’est pas pour rien que j’ai appelé mon chien Basquiat par Valérie et Ariane Ferreira

15/06/2011

Auto-analyse par Natacha Bitton

15/06/2011

For the blind man In the dark room Looking for a black cat That isn’t there*

Qu’est ce qu’un documentaire ? Une captation du réel ? Une recherche ? Un point de vue documenté sur un sujet ? Quelle est la véritable différence entre fiction et documentaire ? Comme la fiction, le documentaire est filmé et monté et doit convaincre de l’authenticité de son propos. La véritable différence est peut-être qu’il n’y a pas d’acteur dans un docu- mentaire, les gens jouent leur propre rôle. En tout cas il n’y a pas d’acteurs professionnels rémunérés pour leur prestation.
Ce dernier point me conduit à me demander :
A-t-on le droit de faire des documentaires ?
Outre le fait que nous savons, depuis le chat de Schrödinger et depuis que nous sommes en âge d’évoluer dans la société, que tout observateur per- turbe le système qu’il observe, et donc que sitôt observés, nous sommes en représentation, je ne sais pas si moralement, j’ai le droit d’utiliser des gens pour servir mon propos.
J’ai par exemple un projet de documentaire sur l’histoire de ma famille. Ce projet traîne depuis quatre ans dans différents dossiers de mon ordi- nateur. Je me demande souvent pourquoi.
j’ai peur de le faire j’ai peur de trahir la parole de mes parents j’ai peur de trahir la mémoire des morts je me demande si il faut témoigner et comment je me demande si j’ai le droit de témoigner je me demande si j’en ai le devoirje ne veux pas utiliser mes proches je me demande pourquoi je veux le faire je ne sais pas quelle forme lui donner
Je crois qu’on fait avant tout ce genre de documentaire pour soi, c’est un acte très égoïste surtout quand il s’agit de creuser dans la mémoire familiale. Un ami me disait qu’il ne voyait pas l’intérêt de faire des documentaires sur le passé, sur des histoires particulières, pas de « Valse avec Bachir », pas de « Maus », pas de « Nuit et Brouillard », pas de « Shoah »… J’ai été d’abord choquée par ses propos, par cette négation du fait que nous avons une histoire et que cette histoire nous définit. Et que si nous l’igno- rons elle nous hante. Mais peut-être que certaines personnes n’ont pas besoin de passé. Ni de le connaître, ni de le résoudre. Ils ont de la chance. Ce que je sais c’est que ce passé que je n’ai pas vécu m’empêche de vivre, parce que je ne comprends pas. Je ne comprends pas l’injustice dont ma famille a été victime, je ne comprends pas que dans ce monde on puisse tout perdre du jour au lendemain, se retrouver privé de liberté et exilé. C’est « la Loterie à Babylone ». Et c’est insupportable. C’est parce que je ne comprends pas que j’ai besoin de témoigner. Le problème c’est que j’ai beau porter cette histoire, j’en ignore tout et donc je dois interroger. Interroger le tabou. Ce questionnement a été impossible pour moi. Ce qui le rend possible c’est la distance instaurée par la caméra. Cette dis- tance libère. Je suis derrière la camera, je suis cachée, je peux presque interroger anonymement. J’ai le droit de regarder parce que je regarde à travers quelque chose. Parce que je change de statut, d’enfant je passe à celui de réalisatrice. Mais je ne suis pas sûre d’avoir le droit. Et c’est là tout mon problème. Demander à ses parents de raconter à l’écran ce qu’ils n’ont jamais raconté c’est un déplacement de l’intimité. L’intime est rendu public. Il y a une forme d’impudeur dans cet acte. Mais je n’ai pas d’autre moyen de savoir que de rendre public.
Je ne peux donc atteindre l’intime qu’en l’exposant ?

* Citation attribuée à Darwin qui aurait dit « a mathematician is like a blind man In the dark room Looking for a black cat That isn’t there » et titre d’une exposition d’art contemporain à Saint-Louis sur la nature spéculative du savoir.

 

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