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Technique de la lumière par Mathilde Nègre

19/09/2011

I. Les projecteurs sur lyres asservies dans les studios de
télévision

16 Alpha Wash 1200
13 Alpha Spot HPE
8 Vari Lite 2000
26 VariLED
14 Studiocolor 575

Les projecteurs automatiques
sur lyres asservies
montés sur porteuses mécaniques,
par câbles DMX sont reliés
à la console,
une GrandMA 2048 Full size.

A l’allumage du système on entend
Les lampes claquent et vibrent et soufflent,
50 au plafond panotent à 540°,
50 au plafond tiltent à 260°,
Quand les corps longs des découpes
Tournent leurs 8 bagues crantées.

La relation du technicien à la machine est belle et juste,
Son plaisir profond.

L’électricien éclairagiste
Qui la porte et l’accroche avec son dos, qui tire les câbles et l’alimente.
Le pupitreur
Qui programme les mouvements, qui programme les couleurs.
Le directeur de la photographie
Qui est une star, qui a des jeans et des chaussures très chères.
A la télévision on fait la lumière sur un siège, sur un marquage au sol,
sur un stagiaire.

A cet endroit se placent indifféremment :
Claire Chazal, Christine Lagarde, Jack Lang, Sandrine Quettier, Jean
Pierre Pernod, Sarkozy, Royal, Strauss Kahn, Bouygues, Pompidou, De
Gaulle, Pétain, Hitler, Napoléon, Louis XIV, Charlemagne, Ramsès 2.

Souvent je pense au projecteur Alpha Wash 1200, et à Leni Riefenstahl.
A la national portraits Galery à Londres, aux visages de tous les
salauds, de tous les puissants d’une histoire écrite, par et pour eux,
M’étonnant qu’on chuchote devant les tableaux.

Souvent je pense au projecteur Alpha Wash 1200, à Leni Riefenstahl,
Et à l’hypocrisie.

II. Les mandarines dans le cinéma autoproduit

Puis on tourne un film autoproduit c’est-à-dire bénévole c’est-à-dire
avec deux mandarines.

Et c’est comme d’aller travailler son champ à la binette après avoir
connu un tracteur John Deer.
Sur les tournages autoproduits il n’y a plus de pause syndicale
Il n’y a plus d’heure supplémentaire
Il n’y a plus de consigne de sécurité.

J’ai dit souvent, tels ces agriculteurs bio de Bretagne ou d’Ariège reve-
nus à la terre, fiers de survivre,
J’ai dit souvent que nos films libres étaient révolutionnaires.

En vérité je ne peux pas ignorer l’existence des tracteurs qu’utilise
Monsanto, et l’intelligence de leurs mouvements.

Nous nous sommes posé une fausse question.
Il ne s’agit pas de se déterminer en faveur des semences libres contre
la technique industrielle.

La pauvreté n’est ni naturelle ni enviable, elle rend les hommes méchants.

A regarder les montagnes, les ciels,
Les arbres au moment des fruits,
Nous est donné le sentiment de l’abondance,
Celui-là même qui nous arrive dans un studio de TF1.

Nous avons filmé nos cuisines, nos éviers, nos poubelles.

Mais le cinéma appelle aussi l’amplitude des ciels et des foules,
Et ce n’est pas fasciste.
Nous avons droit aux milliers de figurants pour raconter l’histoire
humaine,
Aux meilleures machines, à tout l’argent.

Nous ne voulons pas 2 mandarines, nous voulons tous les projecteurs
en plus du soleil.
Nous ne voulons pas brûler TF1. Nous voulons brûler Martin Bouygues
qui est une sorcière, et Hitler, et de Gaulle, et Napoléon.

C’est assez de raconter les histoires des rois et des patrons, de chucho-
ter au musée devant leurs visages mystifiés.

Nous voulons raconter nos histoires et celles de nos frères.
Ce faisant déployer tout l’art, toutes les connaissances, et travailler
bien.

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