Manifeste latent par Maxime Lièvequin
(UNE EXPÉRIENCE SUR LE RÊVE)
MANIFESTE
Je me promène avec C. et quelques amis dans un étrange village arti-
ficiel, une sorte de petite ville-musée, peut-être un décor de cinéma (1).
Au détour d’une ruelle je remarque qu’un film est projeté sur un mur
blanc en carton-pâte (2). Il n’y a personne dans cette fausse ruelle,
personne pour voir ce film, personne à part moi (3). Le film montre
une femme nue rachitique qui n’a plus que la peau sur les os («genre
Auschwitz», comme dirait L.) (4). Elle se met à s’arracher la peau du
torse comme on enlève un pullover, exhibant son squelette «nu» (5).
C’est pour ainsi dire un strip-tease intégral (qui me rappelle la mise à
nu de la Joconde par Boris Vian & Raymond Queneau) (6). Le spectacle
de ce corps moribond et décharné de «vieille sorcière» me dérange un
peu mais je ne peux m’empêcher de regarder le film (7). J’attire alors
l’attention de C. sur ce film mais il était un peu à l’écart et ne l’a pas vu,
alors je dois lui raconter ce que je viens de voir (8).
LATENT
1. Le monde est un studio.
2. Le cinéma est partout : dans la rue, dans le foyer, dans le musée.
3. Le film a-t-il besoin du spectateur pour exister ?
4. Le cinéma, miroir de l’âme, révèle l’image latente de la pensée.
5. Que reste-t-il à voir une fois que tout est dévoilé ?
6. Le cinéma consacre le mariage de l’amour et de la mort.
7. Le spectateur recherche obsessionnellement ce qui ne peut se voir.
8. Qui a vu l’invisible, doit dire l’indicible.
IL NE SUFFIT PLUS DE RÊVER,
IL FAUT MAINTENANT RÉALISER


