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Limite schyzo par Laura Zornitta

15/06/2011

Dès notre plus jeune âge, on nous raconte des histoires : des contes peuplés de sorcières, de fées, de magie et d’horreurs, au Père Noël qui terrorise la plupart des enfants en passant par la petite souris censée venir se glisser dans notre lit pendant la nuit.
Plus tard, on lit des livres, on voit des pièces de théâtre et des films. Et parfois même, on en raffole.
Besoin d’évasion ? La perte de contact avec la réalité s’appelle … la schi- zophrénie !
Et certains poussent le bouchon jusqu’à vouloir faire des films ! Mon dieu, les créateurs ! Ils bravent les lois du réel pour inventer un monde nouveau. Oui, car toute fiction, comprend des événements imaginaires ou recrées et des personnages jouant des rôles inventés ou ayant existé mais quoi qu’il en soit factices. Et afin que le public adhère au film, ces événements et personnages doivent être crédibles. Donc, bien que non réels, il ne doivent pas paraître irréels. Même un personnage absurde doit être cohé- rent dans son absurdité. Tout phénomène non réel doit répondre à une certaine logique (elle même réelle ou inventée). Ainsi, si les hypothèses de départ ne correspondent pas à la réalité, elles doivent cependant être respectées tout au long du scénario afin que l’histoire tienne la route. Un univers aux règles différentes soit, mais structuré et toujours crédible. Un univers provenant d’une imagination à la fois fantaisiste et cartésienne, originale et rigoureuse. Et le scénariste n’est pas le seul fou de l’histoire de l’histoire… car même si le spectateur sait ce phénomène non réel, le temps du film, il y croit !
Alors, une foule de questions me viennent à l’esprit : Quel impact a le personnage sur l’acteur ? Le scénario sur son auteur ? Le film sur son public ? La fiction sur la réalité ? Bref, faut-il être complète- ment schizophrène pour créer, participer ou voir un bon film ? Et bien, je ne répondrai pas à toutes ces questions passionnantes ! Je me contenterai de donner mon point de vue sur ce que m’a inspiré le dernier film que j’ai eu l’occasion de voir au cinéma, puisque c’est le but de ce blog.
N’en déplaise à certains : Black Swan de Darren Aronofsky…
Où les secrets du beau, de la grâce et du raffinement sont contraintes, dou- leurs et acharnement ; et les coulisses de la perfection, de sombres tunnels qui ravivent en nous d’horribles démons. Car pour être le meilleur, il faut masquer ses faiblesses et écraser les autres.
Pour moi, Black Swan est une métaphore de notre société. Un monde qui s’acharne à s’inscrire dans une voie, celle du toujours plus, du toujours mieux. Ce monde où il faut dès le plus jeune âge être le meilleur. Ce monde où réussite rime avec gloire, richesse, pouvoir. Ce monde où la femme doit toujours paraître belle et jeune. Et où, quoi qu’il arrive, l’important est de sauver les apparences ! Bref, un monde artificiel qui rend con ! Un monde pire qu’une fiction : un mauvais téléfilm. Un monde non crédible et donc qui ne devrait recevoir l’adhésion du peuple puisque les hypothèses de départ ne sont pas respectées : comment faire, avoir et être toujours plus dans un monde dont le périmètre et les ressources sont limitées.
Après un sursaut de conscience humaniste et écologiste qui a eu lieu en 2007,onassisteaujourd’huiàunrevirementdesituation.Lesconséquences actuelles de notre mode de vie sont : perte de la biodiversité, pollution de l’air, des mers, des sols, augmentation du nombre de cancers, appauvrisse- ment des ressources naturelles, amplification des catastrophes naturelles, migration des réfugiés climatiques, abandon de cultures vivrières et d’un mode de vie autonome, au profit d’une spécialisation et donc d’une grande dépendance, etc. D’autre part, alors que toutes les études scientifiques le prouvent, les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines contribuent au dérèglement climatique et aggravent nos futures conditions de vie. Oui, je sais, je suis rabat-joie. C’est tellement plus facile de ne pas vouloir prendre conscience des conséquences de ses actes. Claude Allègre fait des émules. Les climatosceptiques reviennent sur le devant de la scène. Les publicitaires et industriels ironisent et méprisent les écologistes. Tous les efforts entrepris sont bafoués. Retour à la case départ. Qui nous gouverne ? Dans quel intérêt ? Quelle est la place de l’homme, du peuple et de la terre dans le libéra- lisme économique ? Pourquoi revenir sur le premier scénario, comme si c’était le seul, alors qu’il n’est ni crédible ni durable ?
J’ai beau être plutôt bon public, personnellement, je n’approuve pas. Cette vision du monde est tellement réductrice. On pourrait faire telle- ment mieux, on a tout sous la main pour écrire notre belle histoire : les hommes, les talents, les outils, les décors, … et non ! Et puis, je n’arrive pas à m’attacher aux personnages. Ils n’ont aucune sensibilité. Leur soif de pouvoir et de fric les rend inhumains. Ils sont complètement coincés dans des rôles qu’ils jouent mal. Acteurs d’un vrai navet produit par des industriels et financiers, tous déconnectés de la réalité.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Et si on zappait, tout simplement ! « Tu es ton pire ennemi » dit Thomas (Vincent Cassel) à Nina (Natalie Portman). La quête de la réussite à tout prix est dévastatrice. Travail quotidien, dis- cipline et sacrifices ne laissent place ni au plaisir, ni à la tolérance, ni à l’amour et aboutissent à un corps et un esprit meurtris. Alors, finalement, qu’est ce qui est important ? Que veut dire réussir sa vie ? Après quoi courrons nous tous, dès le matin dans nos costumes ringards brushing-maquillage ou rasage-cravate en route seul(e) dans les embouteillages ou entassés dans le train, au travail où on est censé gagner plus, en faisant autant, en effectif réduit, et en moins de temps, ce qui créé une super ambiance (!), le soir, vite, vite, les devoirs de l’aîné, l’activité du petit et la préparation du repas, merci aujourd’hui les plats préparés qui préparent mon cancer de demain, je reprendrai bien un peu d’anti-dépresseur ou de chocolat, je ne sais plus, une lessive et ah, repos des guerriers, affalés devant les publicités télévisées… Oups, j’ai oublié d’acheter du dentifrice, pourtant je suis allée exprès au magasin et en suis ressortie le caddie rempli de promos dont je n’avais pas besoin…
Nina, sous pression, s’emballe dans sa course effrénée, en y laissant des plumes… Elle qui veut tout maitriser est pourtant une victime dirigée par les pres- sions extérieures. Pressions parentales, institutionnelles, médiatiques. Le vrai maître du jeu sait dominer ces pressions, souvent en ne leur accor- dant aucun intérêt. Lâcher prise, le nouveau mot à la mode, n’est pas aussi évident à adopter vraiment. Parce que finalement, pourquoi cette obsession dévastatrice ? Qu’est ce qui est important dans la vie ? « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » a dit Gandhi.
Et retour à la question : pourquoi suivre un chemin non crédible ? Est ce l’unique chemin ? Oui ?! Ah, tiens, nos politiques manqueraient-ils d’imagination ? Mais alors, donnons le pouvoir aux scénaristes, afin qu’ils nous construisent un monde plus équitable et plus respectueux ! Et puis, on pourrait aussi faire un genre par continent, pour ne pas imposer une seule vision au monde. Et si on rêvait encore un peu, ceux qui le veulent pourraient contribuer à l’écriture du scénario, une sorte d’écriture parti- cipative. En tout cas, chacun aurait un rôle dans l’histoire de l’histoire.
Quel rapport avec Black Swan ? Aucun. C’est aussi ça la magie du cinéma !

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