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Le trou érectile par Mathilde Nègre

15/06/2011

La sensation de te pénétrer, je la connaissais d’avant.
Ce que jamais encore je n’avais senti, la jointure courbe du sexe au bas-ventre ; cela qui nous séparait, je le porte aujourd’hui au poignet, renversé et définitif.
La caméra s’est levée. Entre toutes les choses du monde, on a zoomé dans un trou, et c’était bien.
Nous nous sommes élancées, augmentées l’une par l’autre, Hermaphrodites enfin, Portant tuyau.
Ceux qui ont dessiné un œil à l’objectif avaient de sales fantasmes.
Si j’ai vu les jeunes filles dans les transports publics, La caméra DV brandie à l’air, Riantes, indolentes et cambrées,
Si j’ai vu les pigistes quadragénaires cuir, Courbés, concentrés, le visage disparu, Tout muscle focalisé dans le petit trou,
C’est que la caméra est un sexe double.
Comme je suis heureuse d’être née quand je suis née ! Comme ma main se plaît à toucher l’outil ! Je veux vivre l’invite perforante, le creuset pointu, Et englober le monde de ce jaillissement !
Arbres, visages, grues, tronçonneuses et poneys, Le tunnel par qui tout passe centrifuge recompose et compresse. Un film est d’abord une saucisse de réel, à moins d’en être l’étron.
Enfin récréées, nous nous enfonçons, approfondies l’une par l’autre, Les sexes annulés, Immobiles.
Machines, constructions des esprits et des corps ! Vous me découvrez !

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