Scénario par Laurent Jarrige
Séquence 1 / Extérieur jour: Ecole protestante d’Asnières.
Des enfants de 8, 9 ans courent, crient, se chahutent et dans une cour de récréation balayée par le vent.qui rappelle la rumeur d’une ville à la circulation dense menacée par les fulgurances de sirènes protectrices. Soudain, sous l’impulsion de l’inquiétude d’un enfant qui prend et serre la balle dans ses bras, les enfants se rassemblent et un silence s’installe. Un militaire en tenue entre dans la cour et s’approche d’eux d’un pas régulier et serein mais qui contraste avec le claquement sévère de ses bottes sur l’asphalte. Il se pose à quelques pas des enfants et leur sourit.
L’officier
Bonjour les enfants !
Les enfants – qui s’approchent et en coeur bonjour monsieur
L’officier
qui s’accroupit à leur hauteur Alors, la classe est finie ? On s’amuse un peu, on fait les fous ! Il désigne un enfant Toi, tiens ! Il prête sa mitraillette au petit garçon qui, hésitant mais tout content, s’en sert immédiatement contre ses copains en criant “Pan ! Pan! Pan !”. Alors l’officier reprend son arme avec calme mais fermeté.
L’officier
c’est pas comme ça qu’on fait, il y a une sécurité
Et il leur montre, sur le côté de l’arme, le petit clapet de sécurité qu’il libère, puis pointe la mitraillette vers eux, et à son tour, ba- layant le coeur de tous les enfants, il tire comme un fou en couvrant la pétarade de ses propres hurlements qui se mélangent à ceux des enfants au moment où ils s’écroulent. Puis l’officier se prend d’un fou rire extrêmement bruyant tan- dis que les enfants se relèvent un à un, choqués mais heureux comme conscients d’être encore en vie.
L’officier- non sans se moquer d’eux Vous voyez, dans un établissement scolaire quel qu’il soit, je n’ai pas le droit de me séparer de ma mitraillette lorsqu’elle est chargée de vraies balles.
L’officier
Depuis combien de temps vous venez à l’école ?
Les enfants – à l’unisson 4 ans, 5 ans
L’officier
Bien, il n’y a pas de nouveaux ?
Et les gosses montrent du doigt une petite fille restée dans la classe. L’officier enlève la cartouche de sa mitraillette qu’il remplace par une autre, sortie de son costume, puis il s’éloigne vers la classe en maugréant: « c’est des étrangers qui m’ont montré ça ». •


