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La belle image de sens ou le cinéma contenu par Laurent Jarrige

07/12/2010

Déplorons les films dont la marge seule justifie l’outil.
Sans autre forme d’intérêt pour l’image dont la beauté ne se mesure que dans le sens de l’émotion que le sujet seul du film procure. A cet égard on parlera de film de cinéma contenu; qui se passe sous nos yeux comme gazette, vite fait, loin d’un bien-être ou d’une saleté, indifférent à toute autre sensation que le sensationnel du propos. Et à ce moment là l’outil filmique trébuche par gaspillage pour occuper l’espace éducatif en premier lieu, en s’éloignant de l’art comme on s’éloigne du travail, en s’en approchant donc. du travail. comme l’art s’inutilise. C’est bien là le message, on s’en éloigne en justifiant la technique par l’authentique de la démarche, du cinéma du réel par exemple. Car en mettant l’art où il n’y est pas, on le congédie déjà.
D’ailleurs les artisans de ce genre de films, pour la plupart documentaire (parce que si l’idée leur manque, comment veut-on que l’inspiration les joigne ?), renoncent à se qualifier d’artiste (Yves Boisset même se décrit d’abord comme un intermittent du spectacle, peut-être depuis qu’il ne travaille plus que pour la télévision), parce que la part artistique de leur intérêt a été oblitérée.

Par honte de l’écrit (comme nous-mêmes avons honte de l’illisibilité de nos films, justifiée par cette revue), les journalistes, ou documentalistes, occupent l’espace du septième art qui, entre parenthèses, éteint les six autres, mais là n’est pas tout à fait le grief (car cette revue naît de griefs), justement par accumulation injuste, soit d’œuvres incapables, au sens où elles ne sont pas œuvres, soit de leurs travaux non ad-hoc.
Mais en choisissant un média populaire, ils ont non seulement universitarisé la presse écrite (au moment où elle s’est le plus dénaturée), qui n’est plus lue ni entendue ni faite que par des étudiants ou intellectuels munis des outils de parti pris, mais en plus nourrit le cinéma d’art de fast-seen.
Comment voulez-vous que l’on ait envie de revoir un film comme Norman McLaren* ? On a tout compris, et se souvient déjà de tout !
Ils font des documentaires comme les compagnies de théâtre font, de nos jours, de nos économies, des spectacles pour enfant.

Eh bien à Bayonne Arrive, voilà une petite partie de ce qu’on ne veut pas faire !

* de André S. Labarthe (1972)

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  1. Alex permalien
    03/02/2011 17 h 35 min

    Pourquoi devoir classifier l’art ou le non-art? Pourquoi le fait de faire des films documentaires, d’écrire un article ou de retranscrire un propos “réel” empêche l’inspiration ou la créativité de venir s’y joindre? J’ai vu de nombreux documentaires dont les idées m’ont semblé originales, créatives, poétiques. J’ai été profondément touchée. J’en suis sortie enrichie, l’esprit encore plus ouvert, avec l’envie de moi aussi, faire des choses. Je me demande ce que serait la photographie aujourd’hui si on ne lui avait jamais donné la prétention d’inviter à l’art, si elle était restée en dehors de cette bulle qui paraît presque élitiste et qui ne devrait pas l’être, simple machine à capter le temps. Si l’on prétend d’entrée qu’un documentaire ne peut en en aucun cas être source de création, n’est-ce pas réduire la liberté de la forme injustement et de manière arbitraire?

    Inviter à l’art stimule l’art. Je suis pour inclure, pour rendre l’art accessible, car on s’inspire les uns des autres; il n’est pas nécessaire de classifier et de catégoriser. Laisser une chance à l’alchimie de se faire. N’est-ce pas une des vertus de l’art?

    Et puis, quelle est l’importance de l’idée en soi? Et encore, qui peut prétendre avoir des idées? Une fiction est dans tous les cas inspirée du monde réel, un documentaire le suit. L’important est la manière de transmettre, de toucher, bousculer…

    Je pense que nous avons tous des idées, issues du monde, de notre tête, ventre. Nous recréons tant de choses à notre manière, et même, l’inspiration peut naître d’une sorte de mémoire inconsciente. La créativité est générée par le désir de capter le beau là où on le trouve, qui nous rappelle à la vie. Partout, surtout là où on l’attend le moins. La beauté, le moyen de transport de l’âme, la redécouverte perpétuelle de la vie.

    Le documentaire n’empêche pas à la forme d’innover, de toucher, d’être belle.

    Il est plus constructif d’inclure que d’exclure, de parler de ce que l’on aime plutôt que de ce que l’on n’aime pas. Laissons la chance aux gens d’être polyvalents, d’essayer, laissons la chance à chacun de faire son art!

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