Revue / Cinéma
Cette revue est un espace ouvert sur le cinéma.
Des editos, des manifestes, des analyses, des chroniques, des discussions, des désaccords et du vomi !
Les n°1, 2 & 3 sont publiés ici en texte intégral mais si vous voulez, vous pouvez les avoir pour de vrai !
Cette revue est éditée par Bayonne Arrive, collectif de réalisateurs de cinéma auto-produit.
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Ah c’est bite moulante / Revue n°3
1• COURRIER DES LECTEURS
à-bas Bayonne arrive, la revue
par Thomas Lasbleiz
4• LYRICS
One more dick
par Lullaby Coy
5• DANSE
La danse de Zénon d’Elée
par Eloïse Callewaert
6• GOÛT
Les pets de Sokolov au cinéma
par Valérie Ferreira
9• DEMONSTRATION
Notre consure
par Laurent Jarrige
16• CANDIDATURES
Rédacteur bénévole
par Laurent Jarrige et Natacha Bitton
22• MANIFESTE
Manifeste latent
par Maxime Lièvequin
23• TECHNIQUE
Technique de la lumière
par Mathilde Nègre
26• OCCASION
Machine adultère
par Maxime Lièvequin
27• TUTORIAUX
L’homme du néant détale…
par David Pujol
33• DESOBEISSANCE
Non casting faucheur, ambiance Al Cool
par Laurent Jarrige
36• FÊTE LOCALE
Le Festival de Bayonne Arrive à Paris, printemps 2012
par Mathilde Nègre
L’Argent pleure ta mère / Revue n°1
1• EDITO
Ce qui nous lie
Natacha Bitton
2• CHRONIQUE
Néant merci, vraiment, j’ai plus faim…
David Pujol
6• EDITO
La belle image de sens ou le cinéma contenu Laurent Jarrige
7• QUESTIONNEMENT
Vous avez dit dialogue
Valérie Ferreira
11• VOMI
Je te vomis dessus
Karima Baraq
REACTIONS
Natacha Bitton et Laurent Jarrige
14• CRITIQUE
Sans titre
Nicolas Cahen
15• CRITIQUE
Kechiche, la vénus noire et la fin du cinéma
Thomas Lasbleiz
19•MANIFESTE
Pour un cinéma vivant
Mathilde Nègre
22• JEUX
Le comédien nu
Laurent Jarrige
24• ANALYSE
Le rire de la guerre – Partie 1
Natacha Bitton
28• SCENARIO
Éducation d’assassin
Laurent Jarrige
30• POST-SCRIPTUM
Dilapider Sans Doute / Revue n°2
1• EDITO
Immission
Laurent Jarrige
3• MAGNIFICAT
Le trou érectile
Mathilde Nègre
4• CRITIQUE
Limite schyzo
Laura Zornitta
8• ANIMATION
“C’est pas pour rien que j’ai appelé mon chien Basquiat”
Valérie & Ariane Ferreira
14• AUTO-ANALYSE
Les vivants et les morts
Natacha Bitton
16• CHRONIQUE
Néant merci, j’ai plus faim 2, le retour,
David Pujol
22• HEROÏSME
True grit ou le courage des oiseaux
Lullaby Coy
23•LYRICS
On est des merdes toutes pourries
Karima Baraq
27• DEMONSTRATION
Musée et cinéma
Thomas Lasbleiz
28• SCENARIO
Vissi d’arte
Paco Leonarte
J’avais commencé deux textes, je ne les ai pas finis, car j’étais déjà
découragé : la revue devrait être un recueil de colère. Il y a deux formes
de colères, celle qui libère et qui est un préalable à la révolte, pourquoi
pas à la révolution, celle qui se retourne contre soi. Certes comme le
disait Jaurès, je préférerai toujours un ouvrier alcoolique à un ouvrier
propre et travailleur, car au moins il se révolte. Mais la conscience mal-
heureuse n’en reste pas moins paralysante. Contre qui notre colère ?
A qui s’adresse-t-elle ? A des gens qui s’en fichent ? Ou à nous-mêmes,
comme des vieux poivrots aigris au fond d’un bistrot. Je vais parler
ici de cinéma essentiellement car Bayonnne arrive produit essentiel-
lement des films.
Notre époque n’est plus celle de la Nouvelle Vague où de jeunes
cinéastes, dans un pays en devenir, pouvaient se révolter contre l’es-
tablishment et le renverser : ils avaient tout pour eux : la croissance
économique qui permettait toutes les audaces, une pyramide des âges
qui mettait la jeunesse au premier rang des marchés potentiels (ou la
Nouvelle Vague comme équivalent cinématographique des yéyés !).
Nous avons tout contre nous : une pyramide des âges déclinante, ou
peu s’en faut, et un pays en crise, où ceux qui sont en place tremblent
pour des situations qu’ils transmettent à leurs enfants, ou à laquelle on
ne parvient qu’en étant adapté aux normes demandées par le milieu.
Nous sommes dans la même situation de blocage qu’au début des
années cinquante, mais quand Truffaut écrivait une certaine tendance
du cinéma français, il trouvait un public, il provoquait des réactions.
Nous on gueule dans le vide.
Depuis l’accès au pouvoir de la gauche devenue caviar, le cinéma
français est un cinéma gauche caviar, un cinéma de parti socialiste,
qui se méfie du peuple. Les cinéastes estampillés auteurs sont, comme
le PS, passés de la captation des publics populaires (les premiers films
de Marin Karmitz) au public dit bobos (création de MK2). C’est dans
le même esprit d’embourgeoisement que ce cinéma privilégie la pein-
ture d’états d’âmes d’où sont expurgées les problématiques d’argent.
Le milieu du cinéma est un milieu démocrate, démocrate au sens amé-
ricain, qui se penche plus volontiers sur le sort des « sans-papiers » que
sur celui de l’employé. Cause valable, mais qui a surtout l’avantage
de n’imposer aucun miroir dérangeant. Elle a l’avantage aussi de pou-
voir être traitée d’un point de vue moral et non politique (rappelons
nous le débat lamentable de Cédric Klapish face à Chevènement).
Le cinéma est devenu une institution si respectable que le travail de
producteur est souvent envahi par les élèves de Sciences Po, celui de
réalisateurs par les anciens khâgneux, un cinéma de bons élèves qui
respectent leurs pères sans avoir le quart de l’audace d’une Varda,
d’un Rohmer, d’un Godard, d’un Cavalier…
Le cinéma d’auteur institutionnel s’adresse au public des salles, qui en
moyenne oscille entre 45 et 60 ans, vieillissement accéléré en France,
par rapport aux autres pays d’Europe (chiffres du CNC). Le cinéma
d’auteur français, ce sont les petites salles des multiplexes pour les
petits vieux. Le cinéma d’auteur français défend les formes vieilles car
il s’adresse aux vieux et leur serine que le cinéma est une île protégée
de la vulgarité notamment télévisuelle.
Pourtant, ne se rentabilisant plus par les salles, il est de plus en plus
financé par les télés. Sous ces dehors de pureté cinématographique,
ces films sont majoritairement des téléfilms déguisés.
C’est par ces gens-là que vous voudriez être reconnus, ou leur cracher
à la gueule, ce qui revient au même ? Je le répète : ils s’en foutent et
vous vous faites du mal à vous plus qu’à eux.
Ce que j’aime dans l’association Bayonne arrive, c’est le « do it your-
self » punk, ou issu du cinéma amateur de Cocteau, que permet le
numérique, et c’est, ce qui va avec, la revendication des nouvelles
formes impures au cinéma : le clip, la télé, dans la continuité de
Rossellini et de Godard. Ce que j’aime, c’est le risque d’un cinéma
de poésie, la revendication d’un cinéma souvent incompréhensible,
bordélique, irrécupérable.
Je ne retrouve pas cet esprit dans la revue dont la colère trahit une
forme de lassitude. J’ai l’impression d’être un « pauvre » down middle
class de la société occidentale, fonctionnaire ou employé, bloqué par
la concurrence de plus en plus féroce, dans son accès à la up middle
class.
C’est un peu vrai : il n’y a rien de plus sauvage que la concurrence
dans les milieux artistiques, sous des dehors gauchisant.
Mais avons-nous pris l’exacte mesure de la liberté qui est la nôtre ?
Avons-nous osé créer notre place plutôt que de regretter de ne pas
obtenir des situations qu’on nous refusera de toute façon?
Ca fait du bien de gueuler et les Cahiers du Cinéma ne s’en privaient
pas. Mais par exemple, lorsque la majorité des gens regardent les
films sur internet, j’attendrais de la revue d’une association comme
la nôtre qu’elle soit à l’avant-garde des réflexions politiques, finan-
cières, esthétiques de ce changement. Plus simplement, recherchons
les Alain Guiraudie de demain, partons à la recherche des cinéastes
radicaux de banlieue. Pour exemple, le numérique a permis une dyna-
mique du cinéma africain réduite en France à la distribution en dvd.
Godard vient de déclarer forfait, épuisé de n’avoir plus de spectateurs,
de se voir refuser les aides publiques depuis plus de 25 ans, de ne plus
trouver d’argent privé. Nous, nous n’avons pas 82 ans, et ce que j’at-
tends d’une revue, c’est qu’elle soit le laboratoire de nouvelles idées,
pas seulement qu’elle s’arrache des anciennes.
One more dick par Lullaby Coy
To all the fuckable boys
One more dick
A hard one please
One night peak
I love cream cheese
Sex toy
Toy boy
Kiss me, fuck me, lick me
All over my body
Make me come
Tight me high
Just enjoy
Don’t tell mum
Put a sock in it
Put a sock in it
Twat or twit
Keep the stiffy
Not here to speak
Don’t really care about you
Just want some sex
Shag me, bonk me, stuff me
Use your Willy
Be horny
Give it welly
Hunky dory, delicious and sweet
Hiya, hiya and pip pip
Put a sock in it
Put a sock in it
Twat or twit
Keep the stiffy
Do what I say
Feel what I want
Be the perfect guy
For one night
No time to lose
Time is sex, fun and dirty
Make it smashing, hot and scrummy
If you’re good
Could play again
Put a sock in it
Put a sock in it
Twat or twit
Keep the stiffy
One more dick
A hard one please
One night peak
I love cream cheese
Evguéni Sokolov de Serge Gainsbourg… Voilà une œuvre dont le titre,
le sujet et l’auteur ne pouvaient que susciter ma curiosité et mon inté-
rêt : l’histoire d’un peintre qui trouve la célébrité le jour où il découvre
que la puissance de ses nombreuses flatulences quotidiennes lui font
dévier le trait de son pinceau sur la toile, à la façon d’un sismographe.
Il crée ainsi un style jamais encore vu, dont l’originalité va happer
l’engouement des critiques et du public.
Le bien connu verbe acerbe et provocateur de l’auteur promettait une
lecture savoureuse. En effet, cette parabole plaît pour l’intelligente,
drôle et pourtant succincte dénonciation qu’elle fait du milieu de l’art
et de ses rouages, présentant un double fictionnel de l’auteur, dont
le récit nous livre ainsi une autodérision de ses tourments artistiques
et existentiels. Elle plaît aussi et surtout pour la maîtrise de la langue
qui la constitue, nous permettant d’égrainer chaque terme de cette
verve qui détaille le propos au scalpel dans toute sa pluriterminolo-
gie. Néanmoins on avance dans l’ouvrage avec la déception d’un
Tantale appâté qui côtoie eau pure et fruits délicieux sans jamais
pouvoir s’en délecter. Evguéni Sokolov est un exercice de style dont
le véritable intérêt s’arrête là. La précision lexicale ne donne pas l’am-
pleur et la puissance attendues d’un délire scatologique, où récit et
personnage(s) souffrent ici de désépaississement. Gainsbourg n’a
peut-être pas voulu autre chose, comme le laisse penser la brièveté du
texte, mais moi, j’espérais un peu plus…
Cet ouvrage m’a, en tous cas, amenée à me questionner sur le pouvoir
du cinéma de traduire ce que les mots disent avec tant d’ampleur et
de précision. Est-il possible d’exprimer à l’écran tout ce que les mots,
seuls, savent si bien faire? Un Evguéni Sokolov donne à voir, entendre,
sentir par procuration, certes, mais en toute compréhension. L’image,
quant à elle, peut exprimer beaucoup de choses, mais son langage
(plus simple et direct ?) se voit frustré dans l’expression de certaines
subtilités que seuls les mots semblent être capables de rendre compte
au plus près. Elle se voit donc limitée dans son expression et son évoca-
tion par rapport aux termes.
Les mots eux-mêmes transcendent la réalité: ils nomment, désignent,
disent, expliquent, déploient, autopsient. Ils vont même au-delà, dés-
tructurant parfois l’être pour lui donner un autre sens, un nouveau sens.
Ils révèlent, inventent et réinventent.
Le cinéma poétique et expérimental a ce pouvoir d’aller au-delà de
l’idiome, mais alors il explore tout autre chose, s’adressant à une sen-
sibilité, à des sensibilités dont l’existence n’implique pas de communi-
cation, de compréhension et d’échanges assurés. D’ailleurs, il lui faut
jouer avec les sons (dialogue, bruitage, musique) pour accompagner,
soutenir, déployer ou contredire l’image. Quel cinéma (je ne parle pas
d’œuvres cinématographiques, existantes certainement, mais raris-
simes, en raison finalement d’une exploitation à l’intérêt réduit) se
passe entièrement d’autres outils, d’autres langages? Même le Muet
s’est associé aux indispensables auxiliaires que sont la musique et le
texte (panneaux et sous-titres) pour conserver l’attention du spectateur,
diriger le sens et sublimer l’œuvre.
Certes, l’image subliminale peut transmettre d’autres informations à
l’insu-même du destinataire et en cela, elle semble présenter un attribut
que ne sauraient avoir les mots. Pourtant, la polysémie et les connota-
tions de ces derniers peuvent émettre des énoncés différemment récep-
tionnés, d’une situation et d’un destinataire aux autres, ce qui leur
confère un pouvoir au moins semblable, pour ne pas dire supérieur.
Peut-on alors parler de suprématie du verbe? Les images, les sons, les
odeurs, les sensations physiques et émotives peuvent tous être exprimés
par les mots et compris sans avoir besoin de passer par les sens corres-
pondants. Le bruit du vent dans les feuilles ou l’odeur du pain chaud
seront toujours plus précisément décrits par les mots que par l’image
seule. Pour les exprimer dans toute leur complétude – si cela est possible
-, cette dernière doit attendre bien plus qu’une simple lecture de la part
de son destinataire, de son récepteur, qui doit alors lui-même se faire
créateur pour aller au-delà du visuel.
Mais cette démarche créatrice ne se veut-elle pas finalement suscitée
par toute œuvre artistique, qu’elle passe uniquement par les mots, les
images ou la musique ou tout cela et bien d’autres langages en même
temps? Si l’image ne saurait décrire les pets d’Evguéni Sokolov aussi
précisément et largement que les mots, je suis sûre qu’elle est capable
d’éveiller, d’engendrer des réactions mentales et même physiques
tout aussi suggestives. Une œuvre cinématographique qui réussirait
à rendre compte de ce récit scato-symphonique, dans l’expression
poétique des différents phénomènes sensoriels sollicités, dépasserait
alors, je crois ou plutôt j’espère, celle de Gainsbourg, même en pure
exercice de style. Mais le cinéma aujourd’hui veut-il (re)venir à une
telle recherche?
Notre consure par Laurent Jarrige
Etat vérolé, commissions vérolées.
Je ne donne plus d’argent aux collecteurs vérolés.
Je ne suis pas procureur juge avocat pour m’attaquer à la gangrène
notoire dans notre profession; je ne sais pas manier ces outils là. Alors
je pense à une économie déplacée, court-circuitée de l’engrenage
malade, avec pour intention originelle l’envie de faire des films et de
les montrer. Et de les montrer eux, eux seul, pas leurs acteur auteur
réalisateur qui les confectionnent; j’y reviendrais et tu te verras rougir
dans ta conviction.
Au constat de ce qui nous en empêche, la censure économique qui
peut se réduire à une consure collective dont la prise de conscience
suffit à s’en dépêtre, à moins de l’approuver.
La seule façon d’éviter que l’argent ne retourne dans le moteur de
caste, c’est de ne le verser que sous forme de réinvestissement, en réin-
vestissant dans le loyer commun, c’est-à-dire le bureau qui nous loge
par exemple, dans les frais généraux des déplacements, des repas
« d’affaire », des envois postaux, des appels cellulaires, etc… mais
aucunement surtout dans des salaires dont les charges imputées sont
majoritairement destinées à entretenir les caisses des castes vérolées.
Ce n’est pas un hasard si elles ont créé les caisses des lignes du bul-
letin de salaire en dehors des caisses nationales d’assiettes plates. Le
seul salaire acceptable sera le régime général pour tout le monde uni-
formément, afin de conserver une sécurité sociale et une assurance
maladie, mais le minimum social atteint deviendra un plafond.
La censure économique, c’est le mariage d’une collection de charges
légales déployées sur une carpette allant de l’écriture d’un film à sa
distribution au nez d’un public dont on n’oubliera pas de demander sa
participation significative, tout en lui suggérant de façon lourdingue la
consommation de boisson, de voitures, de pizzas, … en passant par sa fabri-
cation, sa post-production, sa diffusion en festivals
et d’une redistribution des recettes
de ces produits à ceux qui fabriquent les films, les diffusent, les festivent, les
écrivent, et ceux qui organisent la distribution et la collecte. Le public n’a
de place qu’à un seul endroit: le milieu où il peut tout voir, s’il prend soin
de se retourner et de ne pas regarder que le film du cinéma. S’il regarde le
théâtre du cinéma, il n’en verra pas moins de spectacle, et les deux côtés où
se placent les deux castes des acteurs et des lèche-cul !
Les acteurs font le cinéma. Ils l’écrivent le dessinent l’imaginent le musi-

quent mais aussi le financent le produisent le sentent le distribuent le jugent
et tous les verbes d’action possibles. Les lèche-cul font les verbes d’état du
cinéma: ils sont paraissent semblent restent ont l’air passent pour demeu-
rent ou deviennent. Leur action se borne à devenir acteur de cinéma, et leur
seule vertu à entrer dans la danse de l’autre caste, du côté où le public les
voit. Et voilà pourquoi: parce que le seul endroit où l’on paie, c’est le public,
et par conséquent le seul endroit où l’on n’est pas payé.
Cette caste qu’ils vont défendre autant que vendre sans aucun bénéfice,
cette caste dont ils vont lécher le cul littéralement, tant qu’avant d’être vus
par le public, ils vont écrire produire faire des films tels qu’elle le leur sug-
gère, en se déshonorant à chacune de ses fabrications, au point d’en oublier
le goût qu’on pouvait avoir, les films qu’on pouvait aimer, les musiques qui
nous emportaient, et de n’avoir plus aucun goût que celui ravagé de ce que
les culs qu’ils ont léché leur ont servi. Mais quel honneur nous préoccupe
quand on lèche des culs sales ? Et c’est dans cet état que l’on change de
caste, que l’on passe de l’une à l’autre.
En revanche, et voilà l’autre part du pourquoi: parce qu’il existe une circu-
lation entre les deux castes, totalement en dehors du public; un passage
secret entre elles qui emporte en vase clos, en dehors du robinet alimenté
par le public, les charges collectées et les produits à répartir selon la chaîne
des gros culs et des langues rêches où l’argent coule et s’infiltre dans tous
les stomates de leurs lièges merdeux qui les isole du centre à vue.
Un film est écrit dans un concours où sont inscrits les lèche-culs et un peu
d’idiots qui croient pouvoir remporter quelque chose. Les prix du concours
sont financés par l’organisme collecteur. Le scénario gagnant est acheté
par un producteur lèche-cul, le scénariste est déjà de l’autre côté. Le pro-
ducteur choisit parmi les réalisateurs lèche-culs celui qui passera de l’autre
côté. Le plus lèche-cul des réalisateurs louera les productions du produc-
teur, celles pour la télé comme celles pour l’institution dans lesquelles il
trouvera toujours quelque chose à magnifier. Il participera à toutes les
manifestations qu’organisera le producteur et il en sera son porte parole
parce qu’elles seront cool. Et de plus en plus préféré, il obtiendra la place la
plus légitime pour réaliser le film dont le producteur aura eu l’idée géniale
d’acheter le scénario au concours. Il l’aime déjà ce scénario le réalisateur. Il
le défend corps et âme, ainsi que les organisateurs du concours qui le firent
émerger à l’aide de thèmes et de contraintes bienvenus. Bientôt, avant de
choisir ses comédiens, il devra le lire.
Sans film, pas de comédien.
Eux, ce qu’ils préfèrent, ce sont les films de ces réalisateurs qui ont été choi-
sis par les producteurs. Dès qu’un réalisateur a obtenu un producteur, il
commence par jouir de se faire lécher le cul par quelques comédiens, dont
c’est presque le métier, et un peu de techniciens, qui ne sont eux qu’ama-
teurs dans ce domaine. Leur façon sera plutôt de ne pas le lécher mais le
dégrader un peu pour lui signifier qu’ils ne sont pas à son niveau, qu’ils ont
des langues plus vaseuses dont ils ne se serviront qu’entre eux pour obtenir
un ou deux mois de piges et en léchant un peu les loueurs de matériel, un
lot de piles ou deux trois feuilles de couleur.
En attendant que la cour de comédiens du réalisateur lui lèche le cul pour
qu’il en distingue quelques uns, le producteur se râpe la langue sur un peu
de paperasse pour la forme administrative, et dans le fond, va lécher le cul
de ses collègues producteurs distributeurs acheteurs réalisateurs auteurs
comédiens qui ont tellement léché de culs de toutes castes confondues
qu’ils sont intégrés dans les commissions qui décideront, parmi cent films
projets sur l’année lesquels cinquante seront financés: c’est l’organisme
collecteur.
A ce niveau là, on n’a plus grand monde à lécher hein ?
On pourrait croire qu’il est bien con puisque le scénario qu’il vient
défendre a été primé dans un concours financé par ce même organisme
collecteur, eh bien il n’est pas au bout de ses peines.
L’organisme collecteur n’a le droit de redistribuer l’argent qu’à un produc-
teur, et un producteur qui ne fait pas partie de la commission qui décide, ce
serait injuste. C’est pour cela qu’il y a des producteurs associés; pour que,
lorsque l’un des deux emporte la commission, le dossier de leur film soit
présenté au nom de l’autre. Mais parfois aussi quand ils n’ont pas le temps
de se cacher, ou que le producteur est tellement léché par le milieu qu’il
peut se présenter seul alors qu’il est dans la commission, on lui demande
de sortir au moment où c’est son dossier de film qu’on étudie. En fait, c’est
plutôt tous les autres de la commission qui sortent, et ils se demandent
lequel ne va pas défendre le projet du gros, lequel ne va plus vouloir lui
lécher le cul pour que si l’un d’entre eux manifeste ce voeu, les autres puis-
sent le premier courir prévenir le gros. Tout le monde s’y attend un peu
avec salivation, mais ça n’est jamais encore arrivé.
Faut dire que c’est le jack pot quand on est sélectionné, puisque le col-
lecteur confie une part énorme à distribuer, et qu’il convient de ne pas se
tromper dans la distribution, afin que le collecteur ait au moins autant à
recouvrer. Bon, pour ne pas se tromper, le collecteur va aider un peu le
producteur en éclairant son autoroute. Il va déjà distribuer une autre part
de ses collectes à des organisateurs de festivals à la langue bien pendue
qui formeront des commissions de sélection de films à faire concourir
pour en faire gagner deux ou trois d’un prix prestigieux qu’il conviendra
de faire envier à tout le public par le truchement de toutes les presses.
Les festivals, version civilisée du rassemblement populaire artistique
propre, calme et paisible. La perfection que le festival de jazz, les nui-
sances sonores en plus, avait quasiment atteinte pour légiférer contre les
festivals de rock à l’apogée desquels les raves étaient oeuvres vivantes.
Tout est propre dans le festival de cinéma: des lieux prestigieux, des
installations saines, des cocktails savoureux, des visuels inspirés, des
colliers-badges au nom des festivaliers. Tout est propre sauf les castes:
les commissions de sélection, les jurys, les invités, les organisateurs, et
malheureusement aussi les apprentis lèche-culs, souvent bénévoles qui
tachent de se sortir du public au centre pour intégrer l’une des castes.
D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de public dans les festivals, ils sont suf-
fisamment remplis par les deux castes. Et plus le festival est prestigieux,
moins il y a de place pour le public. Il y a des festivals sans aucun public,
lorsqu’une zone de sécurité est nécessaire pour endiguer la saloperie,
mais revenons aux sélections.
Les festivals étant financés par le collecteur, et par
les subventions régionales elles mêmes financées
par le collecteur, qui par ailleurs financent elles
aussi des films, il se livre en ces lieux une bataille
de quotas qui détermine la quantité de films régio-
naux sélectionnés par rapport aux nationaux que
doit placer le centre collecteur. Une fois ces films
sélectionnés, il reste un peu de place à l’inscription
pour les films qu’à oublié d’aider le collecteur. Et
pour qu’il les repère bien, il est nécessaire que ces
films soient inscrits dans la filmothèque du collec-
teur qui les numérote.
Pour s’assurer qu’aucun film ne lui échappe, il pro-
pose à ces films de les aider à postériori à condition
qu’ils soient inscrits à la filmothèque et qu’ils soient
sélectionnés parmi une liste de festivals*, pour
apprendre aux jeune producteurs l’art de la lèche
et aux commissions et jury de ces petits festivals le
plaisir.
* festivals concernés, en France : Festival Tout Courts (Aix-en-Provence) ; Festival Itinérances (Alès) ; Festival Premiers Plans (Angers) ; Festival International du Film d’Animation (Annecy) ; Festival International du Film (Aubagne) ; Festival Entrevues (Belfort) ; Festival Européen du Film Court (Brest) ; Festival du Cinéma de Brive- Rencontres européennes du Moyen Métrage (Brive) ; Festival International du Film (Cannes) ; Semaine Internationale de la Critique (Cannes) ; Festival National et International du Court Métrage (Clermont-Ferrand) ; Festival International de Films de Femmes (Créteil) ; Festival Cinématographique d’Automne (Gardanne) ; Festival de Court Métrage en plein air (Grenoble) ; Rencontres Audiovisuelles (Lille) ; Festival International du Documentaire (Marseille) ; Festival du Court Métrage d’Humour (Meudon) ; Festival International du Film Méditerranéen (Montpellier) ; Festival du Film Court – Côté Court (Pantin) ; Festival International du Film documentaire – Cinéma du Réel (Paris) ; Festival des Cinémas Différents (Paris) ; Festival International du Cinéma Indépendant de Paris – Némo (Paris) ; Festival Images en Région (Vendôme) ; Festival du Film Court (Villeurbanne) ; Génération Court (Aubervilliers) ; Ciné Banlieues (Saint-Denis) ; Pépites du Cinéma / Talents Urbains (La Courneuve) ; Songes d’une Nuit DV (Saint-Denis) ; Les écrans documentaires (Arcueil).
Enfin, les films par définition indépendants, non inscrits à la filmothèque,
n’ont jamais été sélectionnés dans quelques festivals dont voici la réparti-
tion à l’envoi, en visionnage, et au tri, sur des chiffres moyens 2000-2010.
Ainsi, le film le plus vu de l’année sera celui là. Et si ce n’est pas le cas (ça
n’est cependant jamais bien loin), il s’agira de rétrograder toutes les com-
missions, et au pire, de les renvoyer en caste de lèche-culs très déçus.
Il financera aussi les salles de cinéma; celles qui lui auront aussi léché le cul
en ne montrant que des films du catalogue du collecteur. Et que cela suffise
ou non à balayer les porte feuille, le collecteur financera aussi la produc-
tion du dvd du film avant que de ne le jeter aux encombrants que sont ses
chaines de télé dont absolument tous les programmes sont financés par le
collecteur. Si avec ça le public est passé à côté du film, c’est qu’il est coriace
et qu’il fait montre de mauvaise volonté. Mais au fond, ce n’est pas le film
qui est jugé ici, c’est le cinéma.
Pour éviter ça, pour voir d’autres films, pour en fabriquer d’autres, il n’y
a aucun endroit dans la chaine où l’on peut intervenir, c’est un noeud de
Moebius, il faut faire autre chose.
Premièrement ne pas payer, la redevance télé, les dvd, le cinéma les festi-
vals les concours d’écriture, surtout ne pas payer, même si rien n’arrêtera
les productions visqueuses et qu’à cet endroit non, l’état ne réduira ni ses
effectifs par deux, ni ses moyens alloués.
Il existe un endroit dans la société qui se passe du noeud de consure, c’est
le cinéma institutionnel. Lorsqu’une entreprise produit un film à diffuser
en interne, dans ses colloques, sur son intranet, le collecteur lui fout la paix.
Toutes les étapes classiques de la fabrication de film sont sollicitées; l’écri-
ture, la direction d’acteur, la musique les effets spéciaux, etc… C’est sur ce
modèle et à notre échelle qu’il faut produire les films, tant qu’est abandon-
née l’hygiène du cinéma. Et s’emparer d’un endroit de diffusion physique
privé, doublé d’un serveur bibliothèque catalogue de nos films acces-
sibles sur abonnement détaxé, grâce aux investissements généraux dont
la récolte d’argent ne servirait qu’à fabriquer de nouveaux films, payer les
loyers et automobiles en lising et frais vestimentaires et de bouche ; loin
de leurs cochonneries, il faut nous positionner comme les peigne-culs
du septième art.
De : laurent jarrige <ljarrige@yahoo.fr>
À : AG
Envoyé le : Mar 17 mai 2011, 9h 37min 01s
Objet : Culsac, rédacteurs
Bonjour,
j’ai pris connaissance du recrutement de rédacteurs que vous organisez pour le festival de
documentaire de Culsac qui m’intéresse beaucoup.
Je vous présente donc ma postulence, et, en guise de référence, vous invite à visiter ce site
qui est la version dématérialisée du premier numéro d’une revue que nous publions, le col-
lectif Bayonne Arrive* et moi même.
Je suis bien entendu disponible pour vous rencontrer, en parler plus longuement et/ou vous
transmettre d’autres de mes écritures.
Dans cette attente d’espérance, je vous salue cordialement.
Laurent Jarrige
*le collectif Bayonne Arrive réalise des films, et organise des projections dans des cafés
parisiens depuis 2007.
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De : laurent jarrige <ljarrige@yahoo.fr>
À : AG
Envoyé le : Mer 18 mai 2011, 15h 00min 03s
Objet : Culsac, rédacteurs (suite)
Bonjour,
juste histoire d’en rajouter une couche, je vous adresse en fichier joint 3 courts textes pour
prolonger mon intention.
Cordialement,
Laurent Jarrige
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Date: Thu, 26 May 2011 14:51:18 +0100
From: ljarrige@yahoo.fr
Subject: Re : Culsac, rédacteurs (suite)
To: AG
Bonjour,
alors, on part quand ?
J’imagine, si vous ne me répondez pas, que vous réfléchissez, que vous hésitez entre moi et
mes copains qui vous ont écrit…
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De : AG
À : ljarrige@yahoo.fr
Envoyé le : Dim 29 mai 2011, 16h 56min 03s
Objet : RE: Re : Culsac, rédacteurs (suite)
Bonjour Laurent,
J’aurais dû vous répondre. Je pensais l’avoir fait. Je vous prie de m’excuser.
Bonne intuition par ailleurs: en ce moment je lis les textes que je reçois des potentielles
futures recrues.
Merci pour vos articles (et de ne pas manquer d’humour dans votre impatience).
Je vous recontacte bientôt (dans la semaine).
AG
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Date: Mon, 6 Jun 2011 21:24:14 +0100
From: ljarrige@yahoo.fr
Subject: Re : Re : Culsac, rédacteurs (suite)
To: AG
décidément, vous ne tenez vraiment aucune parole !
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De : AG
À : ljarrige@yahoo.fr
Envoyé le : Mer 8 juin 2011, 15h 50min 06s
Objet : RE: Re : Re : Culsac, rédacteurs (suite)
Bonjour Laurent,
«décidément, vraiment, aucune…». Il me semble que ça fait beaucoup pour un engagement
pas tenu. Si la piqûre de rappel est nécessaire, et si quelques reproches portant sur mon
incorrection se justifient, en revanche la mise en cause définitive de ma parole me paraît
excessive. À moins qu’il s’agisse d’un nouveau trait d’esprit qui, cette fois, m’échappe
(peut-être n’y en avait-il pas la première fois).
Mais, même si ce n’est que d’un retard de quelques jours, je suis coupable, je vous l’ac-
corde. Et je veux même vous faire l’aveu que je le suis doublement :j’ai également pêché
par orgueil, je n’ai pas eu la modestie de vous avouer que je ne comprenais pas vos textes.
C’est à ça aussi que tient mon retard. Je les ai lus à deux moments différents. Je me suis dit
à chaque fois que j’étais trop fatigué, qu’il me fallait pour les lire un esprit clair, une pleine
concentration. Rien n’y fait ! Les emplois d’un mot pour un autre et la multiplication des
asyndètes et des néologismes égarent ma lecture. Je le dis sans ironie: je ne juge pas la
pertinence de votre propos, ni la valeur littéraire de vos textes. Je dis juste que, en dehors
de quelques passages dont je goûte la poésie, je n’y ai pas accès. Je me suis reproché
cette incompréhension. Mais comme je ne comprends pas davantage la violence de votre
réaction à mon silence, je pense qu’il s’agit d’une simple incompatibilité d’esprit, de
caractère, de sensibilité… Ce qui n’est vraiment pas grave. Au contraire, votre coup de
sang me sort de mon hésitation et me décide enfin à vous donner une réponse négative.
Décidément, vous sentez bien les choses…
Cordialement.
AG
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From: bitton.natacha@neuf.fr
Subject: Rédacteur I.D
Date: Wed, 18 May 2011 15:33:21 +0200
To: AG
Bonjour,
je suis intéressée par la possibilité d’être rédactrice pour la revue I.D et j’aimerais avoir un
peu plus d’informations sur cette revue.
Je suis monteuse vidéo et nous avons lancé une revue indépendante avec le collectif dont
je fais partie : http://aptmcine.wordpress.com/, je serais donc vraiment intéressée par
Culsac!!
Merci et à bientôt,
Natacha
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Le 26 mai 2011 à 19:27, AG a écrit :
Bonjour Natacha,
Petit cafouillage! J’ai rédigé le 19 une réponse à votre mail du 18 et je l’ai enregistrée
comme brouillon au lieu de l’envoyer. Je suis vraiment désolé. Vous deviez penser que je
vous oubliais.
Je reproduis mon mail ci-dessous. Tout ce que je dis reste valable sauf, bien sûr, la date
limite pour m’envoyer votre texte. Quel délai vous faut-il?
Ma précédente réponse donc, restée dans un tiroir virtuel:
Bonjour Natcha,
J’ignore si vous avez reçu le mail de Flavia où elle dit l’essentiel : I.D recherche de nou-
veaux rédacteurs !C’est le quotidien des Etats généraux du film documentaire, qui a lieu à
Culsac, du 21 au 27 août.
Je précise qu’il s’agit d’écrire deux articles de 5000 signes environ et de réaliser une interview.
J’ajouterai également qu’une présence sur Paris en juillet-aôut est indispensable. On peut
s’absenter quelques semaines bien sûr, mais il faut être là pour voir un maximum de films avant
le festival, et faire circuler entre nous les copies DVD dont la réception se fait en plusieurs fois
pendant cette période.
Le HC des années précédentes, pour une raison qui m’échappe, n’est plus consultable sur le site du
festival. Je vous envoie deux anciens numéros que j’ai conservé en pdf pour vous faire une idée.
Enfin, si vous souhaitez participer et si vous avez déjà écrit un texte sur un film pouvez-
vous me l’envoyer ? Dans le cas contraire, pouvez-vous rédiger un cours article (entre 3000
et 6000 signes) sur un film de votre choix et me le communiquer sans trop tarder (avant
le 29) ? Cela afin de me permettre, dans le cas où il y aurait trop de candidats, de faire
rapidement une sélection.
Si vous avez des questions n’hésitez pas à me les poser, je tâcherai de vous répondre
rapidement.
Cordialement.
AG.
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Le 30 mai 2011 à 11:20, Natacha Bitton a écrit :
Bonjour A,
voilà deux articles publiés dans une revue que nous éditons avec le collectif dont je fais
partie.
Une courte réflexion sur «True grit» et un article plus personnel sur le documentaire.
et un lien sur un article sur «to be or not to be» : http://aptmcine.wordpress.com/2010/12/07/
le-rire-de-la-guerre/
A bientôt,
Natacha
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27 juin 2011 14:37:11 Natacha Bitton a écrit :
Bonjour A
Un petit mot pour savoir si vous aviez eu l’occasion de jeter un oeil sur mes articles.
Bonne journée,
Natacha
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5 juillet 2011 12:46:16 Natacha Bitton a écrit :
Bonjour A,
Je vous contacte à nouveau pour savoir si le choix des rédacteurs est fait.
J’aurais en effet besoin d’organiser mon été et aimerais savoir ce qu’il en est.
Merci d’avance,
Bien cordialement,
N. Bitton
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11 juillet 2011 12:22:32 Natacha Bitton a écrit :
Cher A,
Sans nouvelle de vous depuis le 30 mai et sans réponse à mes mails précédents, j’imagine
que ma candidature en tant que rédactrice n’a pas été retenue!
je vous souhaite néanmoins un bon festival et de bonnes vacances.
Bien cordialement,N. BItton
Manifeste latent par Maxime Lièvequin
(UNE EXPÉRIENCE SUR LE RÊVE)
MANIFESTE
Je me promène avec C. et quelques amis dans un étrange village arti-
ficiel, une sorte de petite ville-musée, peut-être un décor de cinéma (1).
Au détour d’une ruelle je remarque qu’un film est projeté sur un mur
blanc en carton-pâte (2). Il n’y a personne dans cette fausse ruelle,
personne pour voir ce film, personne à part moi (3). Le film montre
une femme nue rachitique qui n’a plus que la peau sur les os («genre
Auschwitz», comme dirait L.) (4). Elle se met à s’arracher la peau du
torse comme on enlève un pullover, exhibant son squelette «nu» (5).
C’est pour ainsi dire un strip-tease intégral (qui me rappelle la mise à
nu de la Joconde par Boris Vian & Raymond Queneau) (6). Le spectacle
de ce corps moribond et décharné de «vieille sorcière» me dérange un
peu mais je ne peux m’empêcher de regarder le film (7). J’attire alors
l’attention de C. sur ce film mais il était un peu à l’écart et ne l’a pas vu,
alors je dois lui raconter ce que je viens de voir (8).
LATENT
1. Le monde est un studio.
2. Le cinéma est partout : dans la rue, dans le foyer, dans le musée.
3. Le film a-t-il besoin du spectateur pour exister ?
4. Le cinéma, miroir de l’âme, révèle l’image latente de la pensée.
5. Que reste-t-il à voir une fois que tout est dévoilé ?
6. Le cinéma consacre le mariage de l’amour et de la mort.
7. Le spectateur recherche obsessionnellement ce qui ne peut se voir.
8. Qui a vu l’invisible, doit dire l’indicible.
IL NE SUFFIT PLUS DE RÊVER,
IL FAUT MAINTENANT RÉALISER
Technique de la lumière par Mathilde Nègre
I. Les projecteurs sur lyres asservies dans les studios de
télévision
16 Alpha Wash 1200
13 Alpha Spot HPE
8 Vari Lite 2000
26 VariLED
14 Studiocolor 575
Les projecteurs automatiques
sur lyres asservies
montés sur porteuses mécaniques,
par câbles DMX sont reliés
à la console,
une GrandMA 2048 Full size.
A l’allumage du système on entend
Les lampes claquent et vibrent et soufflent,
50 au plafond panotent à 540°,
50 au plafond tiltent à 260°,
Quand les corps longs des découpes
Tournent leurs 8 bagues crantées.
La relation du technicien à la machine est belle et juste,
Son plaisir profond.
L’électricien éclairagiste
Qui la porte et l’accroche avec son dos, qui tire les câbles et l’alimente.
Le pupitreur
Qui programme les mouvements, qui programme les couleurs.
Le directeur de la photographie
Qui est une star, qui a des jeans et des chaussures très chères.
A la télévision on fait la lumière sur un siège, sur un marquage au sol,
sur un stagiaire.
A cet endroit se placent indifféremment :
Claire Chazal, Christine Lagarde, Jack Lang, Sandrine Quettier, Jean
Pierre Pernod, Sarkozy, Royal, Strauss Kahn, Bouygues, Pompidou, De
Gaulle, Pétain, Hitler, Napoléon, Louis XIV, Charlemagne, Ramsès 2.
Souvent je pense au projecteur Alpha Wash 1200, et à Leni Riefenstahl.
A la national portraits Galery à Londres, aux visages de tous les
salauds, de tous les puissants d’une histoire écrite, par et pour eux,
M’étonnant qu’on chuchote devant les tableaux.
Souvent je pense au projecteur Alpha Wash 1200, à Leni Riefenstahl,
Et à l’hypocrisie.
II. Les mandarines dans le cinéma autoproduit
Puis on tourne un film autoproduit c’est-à-dire bénévole c’est-à-dire
avec deux mandarines.
Et c’est comme d’aller travailler son champ à la binette après avoir
connu un tracteur John Deer.
Sur les tournages autoproduits il n’y a plus de pause syndicale
Il n’y a plus d’heure supplémentaire
Il n’y a plus de consigne de sécurité.
J’ai dit souvent, tels ces agriculteurs bio de Bretagne ou d’Ariège reve-
nus à la terre, fiers de survivre,
J’ai dit souvent que nos films libres étaient révolutionnaires.
En vérité je ne peux pas ignorer l’existence des tracteurs qu’utilise
Monsanto, et l’intelligence de leurs mouvements.
Nous nous sommes posé une fausse question.
Il ne s’agit pas de se déterminer en faveur des semences libres contre
la technique industrielle.
La pauvreté n’est ni naturelle ni enviable, elle rend les hommes méchants.
A regarder les montagnes, les ciels,
Les arbres au moment des fruits,
Nous est donné le sentiment de l’abondance,
Celui-là même qui nous arrive dans un studio de TF1.
Nous avons filmé nos cuisines, nos éviers, nos poubelles.
Mais le cinéma appelle aussi l’amplitude des ciels et des foules,
Et ce n’est pas fasciste.
Nous avons droit aux milliers de figurants pour raconter l’histoire
humaine,
Aux meilleures machines, à tout l’argent.
Nous ne voulons pas 2 mandarines, nous voulons tous les projecteurs
en plus du soleil.
Nous ne voulons pas brûler TF1. Nous voulons brûler Martin Bouygues
qui est une sorcière, et Hitler, et de Gaulle, et Napoléon.
C’est assez de raconter les histoires des rois et des patrons, de chucho-
ter au musée devant leurs visages mystifiés.
Nous voulons raconter nos histoires et celles de nos frères.
Ce faisant déployer tout l’art, toutes les connaissances, et travailler
bien.




